Entretien avec Monsieur le sénateur Hubert HAENEL Membre de la Convention sur l'avenir de l'Europe, Sénateur du Haut Rhin, Vice-Président du Conseil régional d'Alsace, Maître des Requêtes au Conseil d'Etat .
- Présentation générale de la Convention sur l'avenir de l'Europe -
Grégor Puppinck : Monsieur Haenel, vous avez été désigné par le Sénat pour siéger au sein de la "Convention européenne", présidée par Monsieur Giscard d'Estaing.
Quelle est la mission de cette Convention européenne ?
Hubert HAENEL : La "Convention sur l'avenir de l'Europe" a une mission historique : refonder le projet européen et réformer nos institutions pour préparer l'élargissement de l'Union européenne aux pays d'Europe centrale et permettre l'émergence d'une Europe politique. L'objectif est que l'Europe devienne plus légitime, plus compréhensible, plus responsable et plus efficace. Vaste ambition !
L’élargissement aura l'effet d'un "big-bang". Pas moins de dix pays vont intégrer l'Union européenne à court terme, parmi lesquels de grands pays tels que la Pologne, la Hongrie, la Roumanie et les républiques tchèques et slovaques. Pendant des décennies, ils ont été coupés du monde occidental, de nos valeurs, de notre fonctionnement démocratique.
Nous devons nous préparer à ce bouleversement, à ce rendez-vous historique. Déjà avec quinze Etats membres, nos instruments étaient inadaptés, il faut donc "poser le sac", reprendre, j'oserais dire, nos cartes et nos boussoles, et se demander "Où en sommes nous, et pourquoi veut-on, non seulement continuer ensemble, mais faire davantage encore ? "
GP - Quels thèmes précis allez-vous aborder ?
Tout d'abord nous allons travailler au renforcement de la légitimité de l'Union. Aujourd'hui, nous avons les administrations de Bruxelles, avec ses eurocrates, et un Parlement européen qui n'a pas une grande légitimité Il va falloir trancher sur le mode de gouvernement de l'Europe, traiter de la réforme des institutions. Sur ce dernier point, il s'agit essentiellement d'organiser la distribution des compétences entre l'Union et les Etats membres et d'assurer le respect du principe de subsidiarité qui vise à accroître l'efficacité de nos institutions tout en empêchant l'Europe d'outrepasser ses compétences.
Dans le cadre de cette réforme, des institutions nous allons tenter de renforcer la capacité de l'union européenne à disposer d'une politique étrangère et d'une défense commune ainsi que d'accroître la coopération judiciaire.
Mais avant toute chose, nous devons mener une réflexion sur les fondements de l'Europe.
Jusqu'où va l'Europe et pourquoi sommes-nous ensemble ? Nous ne sommes pas seulement ensemble pour faciliter le commerce et la finance, mais d'abord parce que nous partageons des valeurs et une histoire commune, nous vivons sur le même continent, nous avons des racines communes.
Cette Convention sur l'avenir de l'Europe a un rôle majeur à jouer, vraiment majeur !
GP - Pensez-vous que le procédé original de la Convention soit de nature à permettre cette réflexion sur les fondements de l'Europe.
Je trouve que le fonctionnement de la Convention constitue une véritable révolution institutionnelle et culturelle. Pour la première fois l’avenir de l’Europe ne se discute pas dans le cercle confiné d’une conférence intergouvernementale. D'une part sont réunies les trois légitimités de l'union. La légitimité gouvernementale, la légitimité des parlements nationaux, et la légitimité du Parlement européen. Ils délibèrent ensemble de l’avenir du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. D'autre part, nos séances sont publiques et grâce à l'utilisation des moyens de communication, nous pouvons avoir une réactivité sur ces différents sujets. La "société civile" sera étroitement associée, il y aura des auditions d'organisations, et toute personne a dès à présent la possibilité de soumettre ses contributions aux travaux.
GP - Les Eglises peuvent-elles apporter une contribution ?
Oui, une contribution énorme, parce que l'Europe a d'abord des fondations culturelles et spirituelles.
Il est significatif comme l’a dit fort justement le Pape à l’occasion de ses vœux au corps diplomatique, qu’on ait le sentiment que les religions n'ont pas la place qui leur revient dans ce débat. Il est vrai qu'elles n'ont pas été expressément invitées à participer aux consultations de la société civile.
Il y a quelques jours, j’intervenais dans un débat devant les représentants de l’aumônerie catholique. Il y avait des représentants de l’épiscopat. Je leur ai dit qu'il serait souhaitable que les Eglises initient une réflexion jusque dans les paroisses. Le rôle des Eglises est de donner des repères, de faire accéder à une vision. Les églises ont quelque chose à dire sur la vie en société. Si elles ne le faisaient pas, j'estimerais alors que ce ne serait pas une erreur mais une faute.
Je lance donc un appel pour que chaque communauté organise une réflexion sur l'identité de l'Europe, les fondements de notre unification et surtout sur la physionomie de l'Europe dans laquelle nous voulons vivre. En un mot, qu'avons-nous à dire par rapport aux autres civilisations ?
Selon moi, nous sommes condamnés à réussir, sinon l'Europe s'affaissera.