Ce que dit le Pape Jean Paul II…


 

 

"LA MARGINALISATION DES RELIGIONS, QUI ONT CONTRIBUE ET CONTRIBUENT ENCORE A LA CULTURE ET A L’HUMANISME DONT L’EUROPE EST LEGITIMEMENT FIERE, ME PARAIT ETRE UNE INJUSTICE"

10 JANVIER 2002, CITE DU VATICAN

Devant les ambassadeurs accrédités auprès de l'Etat Vatican, Jean-Paul II a dressé, le 10 janvier 2002, un état du monde en crise, de la "marginalisation des religions" en Europe aux conflits du Proche-Orient et en Asie. En ce qui concerne l'Europe, Jean-Paul II a précisé l'importance d'une prise en compte des confessions religieuses dans l'élaboration d'une constitution de l'Europe :

"Parmi les motifs de satisfaction, on doit mentionner sans doute l'unification progressive de l'Europe, symbolisée récemment par l'adoption d'une monnaie unique de la part de douze pays. Il s'agit là d'une étape décisive dans la longue histoire de ce continent. Mais il est tout aussi important que l'élargissement de l'Union européenne continue à être une priorité.

"Je sais également qu'on s'interroge sur l'opportunité d'une Constitution de l'Union. A cet égard, il est fondamental que soient toujours mieux explicités les buts de cette construction européenne et les valeurs sur lesquelles elle doit reposer. C'est pourquoi, non sans une certaine tristesse, j'ai pris acte du fait que, parmi les partenaires qui devront contribuer à la réflexion sur la "Convention" instituée lors du sommet de Laeken [de décembre 2002], les communautés de croyants n'ont pas été explicitement mentionnées.

"La marginalisation des religions, qui ont contribué et contribuent encore à la culture et à l'humanisme dont l'Europe est légitimement fière, me paraît être à la fois une injustice et une erreur de perspective. Reconnaître un fait historique indéniable ne signifie pas du tout méconnaître l'exigence moderne d'une juste laïcité des Etats, et donc de l'Europe!"

Source : Site Internet du Vatican, janvier 2002

 

 L'AVENIR EUROPEEN A BESOIN DE NOUS ET DE NOS VALEURS

Le 14 Février 2003, a été publié le Message de Jean-Paul II à SB Christodoulos, Archevêque d'Athènes et de toute la Grèce, à l'occasion de la Réunion dans la capitale grecque de représentants du Saint-Synode de l'Eglise orthodoxe de Grèce et du Saint-Siège. Des membres du Saint-Synode ont fait une visite au Vatican en mars 2002. La Délégation du Saint-Siège était conduite par le Cardinal Walter Kasper, Président du Conseil pontifical pour la Promotion de l'Unité des chrétiens.

Puis le Saint-Père rappelle "qu'est en jeu la promotion hic et nunc en Europe de toutes les valeurs humaines et religieuses, la reconnaissance des Eglises et communautés ecclésiales, la défense de la sacralité de la vie, la sauvegarde de la création. Nous sommes animés par la conviction profonde que le Vieux Continent ne doit pas perdre la richesse chrétienne de son patrimoine culturel".

"Cette collaboration -conclut Jean-Paul II-, qui doit se développer et grandir, pourrait être l'un des remèdes au relativisme idéologique si diffus en Europe, à un pluralisme éthique qui oublie les valeurs pérennes, à une forme de globalisation qui laisse l'homme insatisfait, parce qu'elle efface les différences légitimes qui ont permis la diffusion de tant de trésors en orient comme en occident européen".

 

 

MESSAGE DU PAPE JEAN PAUL II AUX PARTICIPANTS AU CONGRÈS EUROPÉEN D'ÉTUDE SUR LE THÈME : "VERS UNE CONSTITUTION EUROPÉENNE ?"

 

Mesdames, Messieurs,

1. Je suis heureux de vous adresser mon salut cordial à l'occasion du Congrès européen d'étude que le Bureau pour la pastorale universitaire du Vicariat de Rome a organisé en collaboration avec la Commission des Episcopats de la Communauté européenne et la Fédération des Universités catholiques d'Europe.

La forme interrogative donnée au thème de réflexion du Congrès - "Vers une constitution européenne?" - attire l'attention sur la phase particulièrement importante dans laquelle est entré le processus de construction de la "maison commune européenne". Il semble en effet que le moment est arrivé de mettre en oeuvre des réformes institutionnelles importantes, souhaitées et préparées durant ces dernières années et rendues encore plus urgentes et nécessaires par les adhésions prévues de nouveaux Etats membres.

L'élargissement de l'Union européenne, ou mieux encore, l'"européisation" de toute la région continentale, que j'ai souvent appelée de mes voeux, constitue une priorité à poursuivre avec courage et sans délai, en apportant une réponse concrète à l'attente de millions d'hommes et de femmes qui sont conscients d'être liés par une histoire commune et qui espèrent un destin d'unité et de solidarité. Cela implique de repen-ser les structures institutionnelles de l'Union européenne, pour les adapter aux nouvelles exigences, et requiert dans le même temps l'identification d'un nouvel ordre dans lequel soient explicités les objectifs de la construction européenne, les compétences de l'Union et les valeurs sur lesquelles elle doit être fondée.


2. Face aux différentes solutions possibles de ce "processus" européen complexe et important, l'Eglise, fidèle à son identité et à sa mission évangélisatrice, applique ce qu'elle a déjà déclaré à l'égard des Etats, c'est-à-dire de ne pas avoir "de qualité pour exprimer une préférence de l'une ou de l'autre solution institutionnelle ou constitutionnelle", et de vouloir respecter de façon cohérente l'autonomie légitime de l'ordre démocratique (cf.
Centesimus annus, n. 47). Dans le même temps, en vertu précisément de cette identité et de cette mission elle-même, elle ne peut rester indifférente face aux valeurs qui inspirent les divers choix institutionnels. En effet, on ne peut douter que dans les choix qui, régulièrement, sont fait à cet égard, des problématiques d'ordre moral sont en jeu, puisque ces choix, dans toutes leurs implications, sont inévitablement l'expression, dans un contexte historique particulier, des conceptions sur la personne, sur la société et sur le bien commun dont ils naissent et auxquelles ils sont soumis. C'est précisément cette conscience qui fonde le droit et le devoir de l'Eglise d'intervenir en apportant la contribution qui est la sienne, qui renvoie à une vision de la dignité de la personne humaine avec toutes ses implications, qui sont explicitées dans la doctrine sociale catholique.

Dans cette perspective, la recherche et la définition d'un nouvel ordre, que visent également les travaux de la "Convention" instituée par le Conseil européen de décembre 2001 à Laeken, doivent être saluées comme des avancées positives en elles-mêmes. En effet, elles visent au renforcement souhaitable du cadre institutionnel de l'Union européenne qui, grâce à un réseau librement mis en place de liens et de coopérations, peut contribuer efficacement au développement de la paix, de la justice et de la solidarité sur tout le continent.


3. Un nouvel ordre européen de ce genre doit toutefois, pour être vraiment adapté à la promotion du bien commun authentique, reconnaître et défendre les valeurs qui constituent le patrimoine le plus précieux de l'humanisme européen, qui a assuré et continue d'assurer à l'Europe un rayonnement particulier dans l'histoire de la civilisation. Ces valeurs représentent la contribution intellectuelle et spirituelle qui a façonné de la façon la plus caractéristique l'identité européenne au cours des siècles et elles appartiennent à l'héritage culturel propre à ce continent. Comme je l'ai rappelé plusieurs fois, elles concernent: la dignité de la personne; le caractère sacré de la vie humaine; le rôle central de la famille fondée sur le mariage; l'importance de l'éducation; la liberté de pensée, d'expression et de profession de ses convictions et de sa religion; la protection juridique des individus et des groupes; la collaboration de tous au bien commun; le travail considéré comme un bien personnel et social; le pouvoir politique entendu comme un service, soumis à la loi et à la raison et "limité" par les droits de la personne et des populations.

Il sera en particulier nécessaire de reconnaître et de sauvegarder en chaque occasion la dignité de la personne humaine et le droit à la liberté religieuse entendu dans sa triple dimension: individuelle, collective et institutionnelle. Il faudra, en outre, accorder une place au principe de subsidiarité dans ses dimensions horizontales et verticales, ainsi qu'à une vision des relations sociales et communautaires fondée sur une culture et une éthique de la solidarité authentique.


4. Les racines culturelles qui ont contribué à l'affirmation des valeurs rappelées jusqu'ici sont nombreuses: allant de l'esprit de la Grèce à celui du monde romain; des apports des peuples latins, celtes, germaniques, slaves et hongro-finnois, à ceux de la culture juive et du monde islamique. Ces divers facteurs ont trouvé dans la tradition judéo-chrétienne une force capable de les harmoniser, de les consolider et de les promouvoir. En reconnaissant cette donnée historique, dans le processus en oeuvre vers un nouvel ordre institutionnel, l'Europe ne pourra pas ignorer son héritage chrétien, étant donné qu'une grande partie de ce qu'elle a produit dans le domaine juridique, artistique, littéraire et philosophique a été influencé par le message évangélique.

Sans céder à aucune tentation de nostalgie, et en ne se contentant pas non plus d'une reproduction mécanique des modèles du passé, mais en s'ouvrant aux nouveaux défis présents, il faudra donc s'inspirer, avec une fidélité créative, des racines chrétiennes qui ont marqué l'histoire européenne. C'est la mémoire historique qui l'exige, mais également et surtout la mission de l'Europe appelée, aujourd'hui encore, à être un exemple de progrès véritable, à promouvoir la mondialisation dans la solidarité et sans exclusion, à contribuer à l'édification d'une paix juste et durable, en son sein et dans le monde entier, à mêler des traditions culturelles différentes pour donner vie à un humanisme dans lequel le respect des droits, la solidarité, la créativité permettent à chaque homme de réaliser ses plus nobles aspirations.


5. Une tâche vraiment ardue attend les hommes politiques européens! Pour y faire face de façon adaptée, il faudra que, tout en respectant une juste conception de la laïcité des institutions politiques, ils sachent accorder aux valeurs susmentionnées l'enracinement profond de type transcendant qui s'exprime dans l'ouverture à la dimension religieuse.

Cela permettra, entre autres, de réaffirmer le caractère non absolu des institutions politiques et des pouvoirs publics, précisément en raison de l'"appartenance" prioritaire et innée de la personne humaine à Dieu, dont l'image est inscrite de façon indélébile dans la nature même de chaque homme et de chaque femme. Si cela ne se produisait pas, on risquerait de légitimer les orientations de laïcisme et de sécularisme agnostique et athée qui conduisent à l'exclusion de Dieu et de la loi morale naturelle dans les divers domaines de l'existence humaine. Ce serait, en premier lieu, la coexistence civile dans son ensemble sur le continent qui en paierait tragiquement les conséquences, comme l'a démontré l'histoire européenne elle-même.


6. Dans tout ce processus, doivent également être reconnus et sauvegardés l'identité spécifique et le rôle social de l'Eglise et des confessions religieuses. En effet, celles-ci ont toujours joué et continuent à jouer un rôle déterminant, sous de nombreux points de vue: dans l'éducation aux valeurs à la base de la coexistence, en proposant des réponses aux questions fondamentales concernant le sens de la vie, en promouvant la culture et l'identité des peuples, en offrant à l'Europe ce qui concourt à lui donner un fondement spirituel souhaitable et nécessaire. Du reste, celles-ci ne peuvent pas être limitées à de simples entités privées, mais elles agissent à travers une présence institutionnelle spécifique, qui mérite d'être appréciée et valorisée au niveau juridique, en respectant et non en portant préjudice au statut dont elles bénéficient dans les législations des divers Etats membres de l'Union.

Il s'agit, en d'autres termes, de réagir à la tentation d'édifier la coexistence européenne en excluant la contribution des communautés religieuses, la richesse de leur message, de leur action et de leur témoignage: cela ôterait, entre autres, au processus de construction européenne des énergies importantes pour la fondation éthique et culturelle de la coexistence civile. Je souhaite donc que - selon la logique d'une "saine collaboration" entre communauté ecclésiale et communauté politique (cf.
Gaudium et spes, n. 76) - les institutions européennes, sur ce chemin, sachent entamer un dialogue avec les Eglises et les Confessions religieuses, selon des formes adaptées, en accueillant la contribution qu'elles peuvent certainement apporter, en vertu de leur spiritualité et de leur engagement pour l'humanisation de la société.


7. Je désire enfin m'adresser aux communautés chrétiennes elles-mêmes et à tous les croyants dans le Christ, en leur demandant de mettre en oeuvre une action culturelle vaste et développée. En effet, il est urgent et nécessaire de montrer - en utilisant la force d'argumentations convaincantes et d'exemples porteurs - qu'édifier la nouvelle Europe en la fondant sur les valeurs qui l'ont modelée tout au long de son histoire et qui plongent leurs racines dans la tradition chrétienne, est bénéfique pour tous, quelle que soit la tradition philosophique ou spirituelle à laquelle on appartient, et que cela constitue un fondement solide pour une coexistence plus humaine et plus pacifique, car respectueuse de tous et de chacun.

Sur la base de ces valeurs partagées, il sera possible de parvenir à des formes de consensus démocratique qui sont nécessaires pour définir, également au niveau institutionnel, le projet d'une Europe qui soit véritablement la maison de chacun, dans laquelle aucune personne et aucun peuple ne se sente exclu, mais où tous puissent se sentir appelés à participer à la promotion du bien commun sur le continent et dans le monde entier.


8. Dans cette perspective, il est juste d'attendre beaucoup des Universités catholiques européennes, qui ne manqueront pas de développer une réflexion approfondie sur les divers aspects d'une problématique aussi intéressante. Le Congrès actuellement en cours ne manquera pas d'apporter certainement lui aussi sa précieuse contribution à cette recherche.

En invoquant sur l'engagement de chacun la lumière et le réconfort de Dieu, j'envoie à tous une Bénédiction apostolique spéciale.

Du Vatican, le 20 juin 2002

 

"JE NOURRIS L'ESPOIR QUE NE FERA PAS DEFAUT AUX FONDATIONS DE LA MAISON COMMUNE EUROPEENNE LE CIMENT DE L'EXTRAORDINAIRE HERITAGE RELIGIEUX, CULTUREL ET CIVIL QUI A FAIT LA GRANDEUR DE L'EUROPE".

A l'occasion de son discours devant le Parlement italien, le 14 Novembre 2002

 

Le pape JEAN-PAUL II s’est rendu devant le Parlement italien. C’est la première fois qu’un Pape fait cette démarche depuis 1870, au moment où est parachevée l’unité Italienne (qui marque la fin de la souveraineté des Papes sur les Etats Pontificaux).

Presque tous les députés et sénateurs étaient présents : il ne manquait qu’une dizaine de communistes. La réception s’est faite en présence du président de la République Italienne et du gouvernement au grand complet mené par Silvio BERLUSCONI. Le discours de Jean-Paul II d’une durée de 46 minutes a été interrompu 21 fois par des applaudissements.

Jean-Paul II a insisté sur la défense des valeurs éthiques de la vie, d’une solidarité « sincère et loyale » et du volontariat, il a dénoncé la « grave menace » constituée par le déclin de la natalité, lancé un appel à promouvoir le mariage et à une solide formation des individus, etc…Il a aussi dénoncé le terrorisme qui « met aussi en cause de manière complètement déformée les grandes religions ».

Mais ce qui était attendu, dans le contexte actuel de l’Europe et des débats sur une future convention européenne, c’est le thème des racines chrétiennes de l’Europe et de leur inscription dans la constitution européenne : c’est un thème qu’il avait abordé quelques jours plus tôt avec V.GISCARD d’ESTAING lors de sa visite au Vatican, ainsi qu’avec les ambassadeurs européens récemment nommés à Rome. Devant le Parlement italien, il a réaffirmé son espoir que, dans la future maison commune européenne « ne manque pas le ciment de l’extraordinaire héritage religieux, culturel et civil qui a rendu l’Europe grande au cours des siècles ». Seule une laïcité étroite veut bannir toute référence à l'héritage religieux de l'Europe qui vient d’Athènes, de Rome, mais aussi de Jérusalem.

Source : www.libres.org

 

Discours de Sa Sainteté le Pape Jean Paul II lors de l'audience accordée au Groupe du PPE du Parlement européen à l'occasion du 40ème anniversaire du Traité de Rome. ROME, 6 mars 1997.

 

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les Parlementaires,

A l'occasion du quarantième anniversaire de la signature des Traités de Rome, que vous êtes venus célébrer dans cette ville, vous avez tenu à rencontrer le Successeur de Pierre. Je suis heureux de vous accueillir en cette heureuse circonstance et je remercie Monsieur Wilfried MARTENS, votre Président, pour ses paroles aimables. Je me réjouis des efforts que vous poursuivez afin que ces Traités, qui constituent l'acte de naissance d'une Europe nouvelle, soient aussi un appel pour dépasser les affrontements, les rivalités et les haines du passé. La signification de l'événement qui s'est déroulé il y a quarante ans est évidente, surtout lorsque l'on considère qu'à cette époque, tous les peuples d'Europe sortaient meurtris de la deuxième Guerre mondiale, qui avait dépassé, par son extension et par ses multiples conséquences sur la conscience humaine, tous les conflits qui l'avaient précédée.

Aujourd'hui, il n'est peut-être pas inutile de rechercher quelle est la source du courage de ceux que l'on appelle les pères de l'Europe, dont quelques-uns ont appartenu à votre famille politique. Il apparaît nettement que la foi chrétienne qui les animait, et qui constituait leur conviction première, a donné un élan particulier à leur engagement dans la res publica et aux projets qu'ils ont élaborés alors : leur action politique n'était jamais séparée de leur foi chrétienne. Ils étaient aussi conscients des exigences que cette foi comportait pour leur vie personnelle, afin de rendre clairs les fondements de leur action et de faire en sorte que leur projet politique fût crédible. En effet, le chrétien qui se met au service de la société civile sait que cela lui demande de grands efforts, afin d'être un témoin du Christ dans son comportement personnel comme dans son action politique.

Il fallait donc aux auteurs du projet européen une vision profonde de l'homme et de la société, et un courage hors du commun, pour proposer à leurs peuples - qu'ils soient sortis de la guerre vainqueurs ou vaincus - d'établir des relations nouvelles placées sous le signe d'une compréhension mutuelle et d'adopter un idéal européen, tout en soulignant l'importance pour chaque homme d'apartenir à une nation (cf. Centesimus annus, n 50); ces personnalités politiques donnaient ainsi aux hommes du continent le désir de faire ensemble l'Europe, en prenant conscience de la part de chaque personne et de chaque peuple à l'édification de la grande maison commune.

Le projet européen ne repose pas sur la volonté de puissance, mais sur l'idée que le dialogue et l'estime réciproque, sont essentiels à la construction de la paix du continent et au dynamisme de chaque nation. Les pères fondateurs de l'Union européenne ont proposé pour leurs peuples de nouvelles manières de vivre ensemble dans une communauté de destin, non pas en oubliant le passé, mais en l'assumant. Il fallait faire en sorte que plus jamais l'Europe ne soit à l'origine des guerres et des foyers d'idéologies qui ont détruit tant de vies humaines et corrompu tant de consciences, comme l'ont été les totalitarismes dont le souvenir est encore présent à notre mémoire. De même, il est important que les peuples européens s'attachent à remplir les conditions concrètes pour avancer dans l'édification de l'Union.

Avec attention, le Saint-Siège suit depuis son origine le projet européen, en étant conscient des difficultés de l'entreprise, qui exige beaucoup d'efforts et de sacrifices de la part des différentes nations de l'Union. Ceux qui ont été les initiateurs de la construction européenne et qui ont forgé une certaine idée de l'Europe sont un exemple pour les bâtisseurs actuels et futurs.

En effet, l'édification de l'Union européenne suppose avant tout le respect de toute personne et des différentes communautés humaines, faisant droit à leurs dimensions spirituelle, culturelle et sociale. Aujourd'hui, la tentation est grande d'affirmer que croire en Dieu est un simple phénomène contingent, de nature sociologique. La foi au Christ n'est pas un fait purement culturel qui serait propre à l'Europe; sa propagation sur tous les continents le prouve. Cependant, les chrétiens ont largement contribué à former la conscience et la culture européennes. Cela n'est pas sans importance pour l'avenir du continent, car si l'Europe se construit en écartant la dimension transcendante de la personne, en particulier si elle refuse de reconnaître à la foi au Christ et au message évangélique leur force d'inspiration, elle perd une grande part de son fondement. Lorsque la symbolique chrétienne est bafouée et lorsque Dieu est écarté de la construction humaine, cette dernière est fragilisée, car elle manque de bases anthropologiques et spirituelles. En outre, sans référence à la dimension transcendante, la démarche politique se réduit souvent à une idéologie. A l'inverse, ceux qui ont une vision chrétienne de la politique sont attentifs à l'expérience personnelle de la foi en Dieu chez leurs contemporains; ils inscrivent leur démarche dans un projet qui place l'homme au centre de la société et ils ont conscience que leur engagement est un service de leurs frères, dont ils sont responsables devant le Maître de l'histoire.

On parle souvent de la nécessité de construire l'Europe sur les valeurs essentielles. Cela demande aux chrétiens engagés dans les affaires publiques d'être en tout temps fidèles au message du Christ et d'avoir le souci d'une vie morale droite, témoignant ainsi que ce qui les guide, c'est l'amour pour le Seigneur et pour le prochain. Aussi les chrétiens participant à la vie politique ne peuvent-ils se dispenser de porter une attention particulière aux plus pauvres, aux plus démunis et à tous ceux qui sont sans défense. Ils ont également le désir que soient créées les conditions justes pour que les familles soient aidées dans leur rôle indispensable au sein de la société. Ils reconnaissent la valeur incomparable de la vie et le droit de tout être à naître et à exister dans la dignité jusqu'à sa mort naturelle.

L'amour d'autrui suscite des attitudes fraternelles et des relations solides entre les personnes et les peuples, pour que les principes du bien commun, de la solidarité et de la justice conduisent à un partage équitable du travail et des richesses, à l'intérieur de l'Union comme avec les pays qui ont besoin d'aide; il faut une motivation spirituelle généreuse pour que l'Europe reste un continent ouvert et accueillant et pour que la dignité de nos frères ne soit pas bafouée, car la raison d'être de la société est de permettre à chacun de mener "une vie véritablement humaine" (Jacques Maritain, L'homme et l'Etat, p.11).

Dans les années à venir, votre tâche sera importante, en particulier pour que tous les pays qui le désirent puissent réunir les conditions nécessaires à leur participation à cette grande Europe, grâce au soutien de tous. Par vos débats et par vos décisions, vous faites partie des artisans de la société européenne de demain. En redonnant espoir à ceux qui l'ont perdu, en favorisant l'intégration sociale de ceux qui vivent sur le continent et de ceux qui s'y installent, vous répondrez à votre vocation d'hommes politiques chrétiens.

Au terme de notre rencontre, en vous confiant à l'intercession des saints patrons de l'Europe, je demande au Seigneur de vous éclairer et de faire porter des fruits à votre action, et je vous accorde de grand coeur la Bénédiction apostolique, ainsi qu'aux membres de vos familles et à tous vos collaborateurs.