BIOGRAPHIES DES "PERES FONDATEURS"
"Aujourd'hui, il n'est peut-être pas inutile de rechercher quelle est la source du courage de ceux que l'on appelle les pères de l'Europe, dont quelques-uns ont appartenu à votre famille politique. Il apparaît nettement que la foi chrétienne qui les animait, et qui constituait leur conviction première, a donné un élan particulier à leur engagement dans la res publica et aux projets qu'ils ont élaborés alors : leur action politique n'était jamais séparée de leur foi chrétienne. Ils étaient aussi conscients des exigences que cette foi comportait pour leur vie personnelle, afin de rendre clairs les fondements de leur action et de faire en sorte que leur projet politique fût crédible. En effet, le chrétien qui se met au service de la société civile sait que cela lui demande de grands efforts, afin d'être un témoin du Christ dans son comportement personnel comme dans son action politique".
Jean Paul II lors de l'audience accordée au Groupe du PPE du Parlement européen à l'occasion du 40ème anniversaire du Traité de Rome. ROME, 6 mars 1997.
Robert Schuman (1886-1963):
Procès en béatification ouvert.
Il était homme politique français, président du Conseil (1947-1948) et ministre des Affaires étrangères (1948-1953), qui est à l'origine du plan qui donne naissance à la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), ou «Europe des Six».
Né à Luxembourg, il a grandit en Lorraine, région annexée par l'Allemagne après la guerre de 1870, et qui ne fut rendue à la France qu'en 1918. Il fait des études de droit dans plusieurs universités allemandes. Il est pour la première fois élu à la Chambre des députés en 1919. Bien que membre des gouvernements Reynaud puis Pétain en 1940, il rejoint rapidement la Résistance. Il est déporté, mais s'évade en 1942. Après la guerre, il est élu à l'Assemblée nationale et devient ministre des Finances dans le gouvernement de Georges Bidault, de juin à novembre 1946. Il devient président du Conseil, succédant à Paul Ramadier, en novembre 1947. C'est à ce poste qu'il fait adopter le plan Marshall en avril 1948. Il reconnaît également l'indépendance du Viêtnam dans le cadre de l'Union française. Il mène une politique de rapprochement avec l'Allemagne de l'Ouest en mettant fin au contrôle français de la Ruhr.
Le rapprochement franco-allemand est scellé grâce au plan Schuman, un projet de traité mis au point avec Jean Monnet visant à placer les ressources de charbon et d'acier sous le contrôle d'un organisme supranational, la Haute Autorité. Six États y adhèrent, fondant la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) en (18 avril 1951).
Les tentatives d'intégration européenne menées par Schuman dans le domaine militaire ne sont pas récompensées du même succès. Schuman a en effet signé à Paris en mai 1952 un traité instituant une Communauté européenne de défense (CED). Mais ce projet, ambitieux pour les mentalités de l'époque, les plaies de la guerre étant à peine refermées, n'a jamais été ratifié par le Parlement : il rencontre la ferme opposition des gaullistes et des communistes.
Schuman devient par la suite ministre de la Justice dans le gouvernement d'Edgar Faure en 1955 et 1956. À la fin de sa vie, il se consacre pleinement à la construction européenne, en tant que président du Mouvement européen (1955), puis de l'Assemblée européenne (futur Parlement européen) entre 1958 et 1960.
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Homme politique et économiste français, qui, après s'être illustré dans l'organisation de la défense tant économique que politique de la France durant les deux guerres mondiales, joua un rôle fondamental dans la construction européenne.
Né à Cognac, il quitta l'école dès l'âge de seize ans, afin de rejoindre l'entreprise de cognac de son père. Il y fut chargé de rechercher de nouveaux marchés étrangers, notamment en Amérique du Nord. C'est la Première Guerre mondiale qui le projeta sur la scène politique et internationale. En 1914, on lui confia le poste de représentant de la France à Londres dans les comités alliés chargés de la répartition des ressources communes. Il devint, en 1916, délégué au ministre du Ravitaillement. De 1917 à 1918, il prit part à la création du Conseil interallié qui s'occupait de la gestion rationnelle des ressources maritimes alliées. Sans doute avait-il, dès cette période, adopté une vision communautaire de l'Europe. Il pensait, en effet, que le vieux continent ne pourrait maintenir son prestige et son niveau économique qu'à la condition d'une solidarité transnationale. Aussi occupa-t-il les fonctions de premier vice-secrétaire général de la Société des Nations de 1919 à 1923, avec pour mission le relèvement financier de l'Autriche. Une fois son travail accompli, il retourna au secteur privé, et créa la Bank of America avec Gianini. Il travailla également comme conseiller financier auprès de différents pays : réorganisation du chemin de fer chinois, développement économique de pays comme la Roumanie ou la Pologne.
En 1938 et 1939, le président du Conseil, Édouard Daladier, lui confia la mission d'acheter des avions de guerre aux États-Unis. En 1939, Jean Monnet fut nommé par les gouvernements français et britanniques à la tête du Comité de coordination de l'effort de guerre allié, et fut à l'origine du projet d'union franco-britannique. En 1940, Winston Churchill le plaça à la tête du Conseil franco-britannique des approvisionnements de guerre. Après la capitulation française, bien que sceptique vis-à-vis du mouvement gaulliste, il opta pour la poursuite de la guerre, et participa à l'organisation de l'effort de guerre américain. Il convainquit également Churchill d'unifier la politique entre Paris et Londres. Par son activité de conseil auprès des États-Unis, il collabora au Victory Program de 1941. Après le débarquement en Afrique du Nord, Franklin D. Roosevelt lui confia la délicate tâche de réconcilier le général de Gaulle et le général Giraud, mais il n'y réussit pas complètement. En juin 1943, Il devint membre du Comité français de libération nationale, servit les troupes de la France libre à Alger et à Londres.
Commissaire général au plan de 1947 à 1952, il planifia la reconstruction de la France, et concentra les efforts sur la modernisation et l'équipement du pays. Il fut donc l'instigateur de la planification à la française. C'est en occupant cette fonction qu'il se persuada de la nécessité d'une unification de l'Europe pour ramener la paix, réconcilier la France et l'Allemagne, et développer l'économie du continent. Ayant rédigé la déclaration faite par
Robert Schuman le 3 mai 1950, déclaration dite plan Schuman, il devint le premier président de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) de 1952 à 1955. Souhaitant aller au-delà de la simple union économique, et partisan d'une Europe supranationale, il fonda, en 1955, le Comité d'action pour les États-Unis d'Europe, ou Comité Monnet, qu'il dirigea jusqu'à sa dissolution en 1975. Il poussa également à la signature du traité de Rome, qui instaurait en 1957 le Marché commun.Il a exposé ses vues sur sa conception de l'Europe dans Les États-Unis d'Europe ont commencé, livre rassemblant ses discours et interventions sur le sujet, ainsi que dans les nombreux rapports publiés par le comité. Ceux-ci traitent notamment du problème posé par la candidature britannique et de
l'Union monétaire européenne. Auréolé d'une autorité morale en Europe et en Amérique, ce père de l'Union européenne joua donc un rôle important dans les transformations profondes que connut le continent après 1945. Il mourut à Bazoches-sur-Guyonne dans les Yvelines, en 1979.
Konrad Adenauer (1876-1967) :
Homme politique allemand, premier chancelier d'Allemagne de l'Ouest (1949-1963), qui s'illustra comme le maître d'œuvre de l'intégration de son pays à la Communauté européenne.
Issu d'une famille profondément catholique, Konrad Adenauer naquit à Cologne le 5 janvier 1876. Après des études de droit, il fut nommé maire de sa ville natale dès 1917, fonction qu'il devait occuper durant seize ans. Il devint président du Conseil d'État de
Prusse et fut rapidement un membre influent du Centre catholique (Zentrum). Afin de lutter contre les nazis, il émit l'idée d'élargir le recrutement du Zentrum à des forces autres que catholiques, mais ce projet n'eut pas de suite immédiate. Après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler, il fut destitué de sa charge de maire, le 13 mars 1933, et envoyé dans un camp de concentration en 1944. À l'issue du conflit, les Américains le rétablirent dans son ancienne fonction, mais, sous l'influence des sociaux-démocrates allemands, les Anglais l'en relevèrent.Il prit alors part à la fondation d'un parti plus novateur et plus ouvert que le Zentrum, l'Union chrétienne démocrate (CDU), dont il devint en 1946 le président pour la zone d'occupation britannique. Trois ans plus tard, il dirigeait l'ensemble de ce parti, qui était incontestablement le premier parti allemand. Adenauer présida le Conseil parlementaire chargé d'élaborer la nouvelle Constitution de l'Allemagne de l'Ouest. Après la création de la République fédérale en 1949, il en fut élu chancelier, le 14 septembre, avec seulement une voix de majorité, fonction qu'il occupa quatorze années durant. Sur le plan intérieur, il engagea son pays vers une économie sociale de marché. En politique extérieure, il multiplia les initiatives en faveur d'une Allemagne intégrée au reste de l'Europe occidentale : adhésion de l'Allemagne de l'Ouest au
Conseil de l'Europe en 1950, soutien au plan Schuman de 1951 (Communauté européenne du charbon et de l'acier). La guerre froide lui permit également de réaliser l'intégration militaire du pays à l'Europe occidentale, avec les traités de Bonn et Paris (1952) et le plan Pleven, qui prévoyait la constitution de la Communauté européenne de défense (CED). Bien que la CED fût rejetée par la France, les traités de Londres et de Paris d'octobre 1954 créèrent une armée allemande intégrée à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). L'année suivante, l'Allemagne adhéra à cette dernière organisation. Enfin, en 1957, l'Allemagne d'Adenauer fut cofondatrice de la Communauté économique européenne.Grâce à ces différents succès, il remporta les élections de 1953 et 1957, et fut réélu chancelier en 1961. Mais l'élection de Kennedy le priva du soutien des républicains américains, aussi chercha-t-il l'appui de la France du général de Gaulle (traité franco-allemand, dit de l'Élysée, en 1963). Pourtant, après la construction du mur de Berlin en 1961, l'opposition à sa politique avait grandi, lui reprochant d'avoir sacrifié l'unité allemande. Il dut démissionner de ses fonctions en octobre 1963, et fut remplacé par Ludwig Erhard. Il ne se retira pourtant pas totalement du jeu politique, puisqu'il participa aux diverses intrigues menées contre Erhard, finalement renversé en décembre 1966 par l'alliance du CDU-SPD. Adenauer mourut à Rhöndorf le 19 avril 1967.
Alcide
de Gaspéri (1881-1954) :Homme politique italien, qui œuvra pour la construction de la communauté européenne. Né à Pieve Tesino, dans le Tyrol du Sud (qui faisait alors partie de l'Empire austro-hongrois), ce diplômé de l'université de Vienne rejoignit la rédaction du journal Il Nuovo Trentino en 1905, puis soutint le mouvement pour le retour du Tyrol du Sud à l'Italie. De 1911 à 1918, il fut membre du Parlement autrichien. En 1921, après le transfert du Tyrol du Sud (aujourd'hui le Trentin) à l'Italie à la suite des conditions de paix imposées à l'Autriche à la fin de la Première Guerre mondiale, il fut élu à la Chambre des députés, où il siégea jusqu'en 1924. Opposant au régime dictatorial de Benito Mussolini, De Gasperi fut incarcéré en 1926 et libéré seize mois plus tard.
De Gasperi fut un membre actif de la résistance italienne pendant la Seconde Guerre mondiale, et l'un des fondateurs du Parti démocrate-chrétien. À la chute de Mussolini, il fut nommé ministre sans portefeuille puis devint ministre des Affaires étrangères en décembre 1944. L'année suivante, il forma son propre cabinet!; il resta président du Conseil jusqu'en juillet 1953, conduisant au cours de ses mandats successifs des gouvernements de coalition entre son propre parti et d'autres partis du centre. En 1954, il fut élu président de la
CECA (Communauté européenne du charbon et de l'acier).
Source : Decliceurope.