L'appel pour une laïcité enrichie
"des apports spirituels et humanistes des religions diverses de ce pays"
Un certain nombre de personnalités chrétiennes ont été, en décembre 2000, les signataires d'une pétition lancée par l'hebdomadaire de gauche Témoignage chrétien.
Parmi les signataires de l'appel : l'ancien Premier ministre Raymond Barre, Gilles de Robien, Michel Barnier, Roselyne Bachelot, Xavier Emmanueli, Jacques Delors, ancien Président de la Commission européenne, l'universitaire René Rémond, le journaliste Jean Boissonnat, l'ancien ministre (socialiste) Catherine Trautmann, le philosophe Paul Ricoeur, députés de droite en compagnie de Jean-Michel Belorgey, Claude Cheysson, Jean-Marie Bockel, Claude Evin, Georges Frêche, Jean-Claude Casanova, Jacques Duquesne, Jean-Claude Guillebaud, Jacques Julliard, Michel Camdessus, gouverneur honoraire de la Banque de France, Pierre Chaunu…
La France a mal à sa laïcité. Depuis plus d'un siècle, la République Française en a fait une valeur essentielle de sa vie démocratique. Les différentes religions présentes sur notre territoire jouent un rôle déterminant pour la concorde nationale. Elles ont témoigné de leur sens des responsabilités lors des récentes agressions contre les synagogues.
Et si certains croyants ont parfois des comportements intolérants, sectaires ou prosélytes, les religions établies respectent l'esprit et la lettre de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat. Elles contribuent le plus souvent à enrichir le débat démocratique en partageant leurs expériences de vie et leurs convictions spirituelles. Or, certains représentants politiques, à droite comme à gauche, manifestent de l'agacement à l'encontre des croyants, en particulier des chrétiens, qui s'impliquent dans le débat public sans taire leurs convictions.
Ce constat est particulièrement frappant sur des questions comme la Charte européenne des droits fondamentaux, l'enseignement des religions à l'école ou les interpellations éthiques...
Nous, chrétiens, attachés à la liberté de conscience et d'expression de chacun, sommes inquiets de ce climat de crispation et de méfiance. Nous souhaitons ardemment que la laïcité dont nous sommes également les promoteurs s'enrichisse des apports spirituels et humanistes des religions diverses de ce pays. Cette indispensable ouverture est un gage de confiance envers les croyants, blessés par les sectarismes. Cette laïcité que nous appelons de nos vœux constitue une chance pour enrichir le débat politique qui manque parfois de souffle et de perspectives humaines à long terme.