Dossier Carnaval de Romans 26 février 2000

Dossier réalisé par M. Ph. L.

 

Introduction

 

Un spectacle théâtral a été joué gratuitement en place publique et une distribution également gratuite a été faite, sur cette même place publique, du livret contenant le script intégral de la pièce ainsi que la description des jeux de scène.

Ces faits se sont déroulés le samedi 26 février dans le cadre du carnaval de Romans, sur la place Jean Jaurès et vers le Rond-Point de l'Europe, en un lieu très fréquenté de la ville de Romans (à proximité du syndicat d'initiative de la ville)

La pièce jouée s'intitulait "Les passagers du siècle" (ou jette ton masque) et était annoncée par le programme comme étant un procès devant se terminer par un grand bûcher populaire libérateur de tous les maux

La pièce, par le contenu de sa scène 2 (page 3 du & 1.1), est une incitation à la haine en raison de l'appartenance à la religion catholique en particulier et à toutes les confessions chrétiennes en général. Avec une concentration effarante d'insultes et de déclarations diffamatoires, le procès devient celui du Pape Jean-Paul II et de toute l'Eglise catholique.

 

Sommaire

1 Première Partie : La pièce de théâtre *

1.1 Script de la pièce "Les passagers du siècle" *

2 Deuxième partie : Réactions d'administrés et articles de presse *

2.1 L'Impartial : Lettre ouverte à Henri Bertholet (Philippe Labadens) *

2.2 L'Impartial : Réponse à la lettre ouverte (Henri Bertholet) *

2.3 La Croix : Le Pape tourné en dérision (…) *

2.4 L'Impartial : Lettre ouverte à Henri Bertholet (Pierre Grève) *

2.5 La Croix / L'arpenteur du monde *

2.6 L'Impartial : Déclaration d'Henri Bertholet au conseil municipal *

2.7 L'Impartial : Un carnaval pas très catholique (Jérôme Meyrand) *

2.8 Romans Magazine : Un mauvais procès *

2.9 L'Impartial : A propos de carnaval (par monsieur Lopez) *

2.10 Monsieur le Député Maire, vous nous avez déçu (un groupe de chrétiens) *

3 Troisième Partie : les réactions d'engagés politiques *

3.1 L'Impartial : Rassembler plutôt que diviser (Georges Durand) *

3.2 L'Impartial : Monsieur Bertholet doit demander pardon (Bernard Pinet) *

3.3 L'Impartial : A propos de carnaval … suite (Georges Durand) *

3.4 L'Impartial : Monsieur Bertholet n'est pas le seul coupable (Maurice Rey) *

3.5 L'Impartial : Carnaval, la réponse du PS *

3.6 L'Impartial : D'un Carnaval à l'autre ( Christian Amiet) *

 

 

     
  1. Première Partie : La pièce de théâtre
    1. Script de la pièce "Les passagers du siècle"

     

    Le livret de la pièce, agrémenté de détails sur la mise en scène est librement distribué aux "points accueil" du carnaval. Dans sa version distribuée, ce livret est constitué d'un assemblage de copies format A4. Il ne comporte pas de référence d'imprimeur, et aucune indication d'interdiction de reproduction. Il comporte le logo de la municipalité de la ville de Romans sur sa couverture arrière, ce qui laisse supposer qu'il a été constitué directement par les services municipaux

     

    LE PROCES

    " Les passagers du siècle "

    " Tombez les masques "

    A l’issue du procès, grand bûcher populaire libérateur de tous les maux.

     

     

    Les passagers du siècle

    (ou jette ton masque)

    mise en scène Juan Antonio Martinez

    assisté de Emmanuelle Blanc

    dialogues et chanson Michel Dorigné

    musique de scène Mehdi Benlaïd

    costumes Evelyne Poisot

    lumières Frédéric Blanc

    décors Rahim Hamlaoui

    François Grange

    Laurent Vacher

     

    Nuit noire, violents coups de tonnerre sur fond de musique apocalyptique, bruits de vagues et de tempête assourdissants. La musique s’apaise : pendant la tirade du récitant des éclairs zèbrent le décor sans le révéler.

    Scène I

    Le récitant

    Cet étrange équipage vient de nulle part. Il à, sous la tempête, affronté le bog du millénaire. Il a longé les rives ténébreuses du Styx au royaume des morts et quelques ombres malfaisantes se sont agrippées à ses flancs. C’est ainsi que, véritable radeau de désespérance, il nous apparaît peuplé à la fois de vivants et de fantômes cherchant en vain un lieu de repos où leurs forfaits et leurs crimes pourraient être oubliés.

    Mais la mémoire ne se dissout pas dans la saumure et l’écume des océans. Le capitaine Mortimer, étrange timonier de cette épave flottante semble conduire ses passagers vers une fuite sans escale et sans retour.

    Une faible lueur éclaire le visage du capitaine tenant la barre et luttant contre les éléments puis peu à peu sa silhouette en ciré jaune trempée par les vagues va se faire plus précise.

    Mortimer

    Morbleu, bonnes gens, par les couilles du diable, j’ai vu bien des périls et les monstres marins n’ont point avivé ma peur. La peur m’est venue des hommes et de leurs machines. Souvent la nuit dans un reflet de lune, l’océan murmurait pour moi ces souffrances. J’ai vu le ventre de la mer brûler dans les nappes gluantes des pétroliers. J’ai entendu monter des profondeurs marines le bruit d’explosions infernales. Des nuages d’oiseaux tombaient du ciel. Des hordes de poissons morts brillaient sur le dos de la mer. D’étranges visions parfois hantaient mon esprit et Neptune lui même m’apparut par une nuit brumeuse.

    Vision du capitaine Mortimer

    (Effet de lumière brouillard verdâtre sur la grosse tête dégoulinante de Neptune)

    Neptune

    Je te salue, Capitaine Mortimer, redoutable timonier briseur de tempête. Hélas je crains fort pour toi que ce voyage entre deux millénaires ne soit le dernier de ta glorieuse carrière.

    Pourquoi défier ainsi le cours de l'Histoire et déchaîner contre toi les forces écumantes de mon empire

    Mortimer

    Parce que ma mission est de laver les erreurs du monde, de punir les criminels de guerre et les criminels de paix.

    Mon navire est à la fois la barque de Charon, l’arche de Noé, le radeau de la Méduse, la cale du Titanic, l'épave hallucinée du bateau fantôme.

    Mon but est d'atteindre un cap d’espérance qui ne figure point sur les cartes du monde.

    Mais auparavant je dois faire revivre les horreurs que ces hommes ont commises afin qu’elles puissent figurer dans les archives du siècle nouveau.

    Neptune

    Et pourquoi cela ? Es-tu devenu fou ?

    Les hommes oublient tout et le temps lui-même finit par oublier le temps.

    Mortimer

    Parce que la mémoire de ces crimes doit survivre pour l’éducation des générations.

    Neptune

    Je te souhaite bien du plaisir Capitaine, et pour te bercer dans ton malheur je t’enverrai mes prima dona aux voix d’or. Puisses-tu survivre à leurs charmes et à leur musique vénéneuse.

    Moi, je vais continuer mon travail de sape, grignoter les rivages, rendre à la mer et au temps qui court ce que la terre des hommes leur a dérobé.

    (il disparaît dans les flots)

    Scène II

    Tandis que le récitant parle, l'éclairage se précise et l'on commence deviner dans un recoin du pont du navire un amas de couvertures et de vieilles toiles huilées. On imagine déjà que des personnages vont s'extraire de ce cahot. Voici en effet que surgissent dans l'ordre un garde suisse puis un séminariste enfin un cardinal qui aide le pape à marcher et le soutient.

    Le récitant

    Voici maintenant que paraissent les premiers naufrageurs du siècle, malfrats, assassins, corrompus de tous poils. Mais il y a aussi des naufragés, victimes innocentes, abusés par des discours scélérats, victimes crédules, outragées par le crime, le viol du corps et de l'esprit.

    Le grand timonier Mortimer les fait comparaître devant vous. Et vogue le navire au gré des flots et des vents

    Mortimer

    Voyant venir le pape.

    Ah te voilà !

    Vieux roublard. Ce n'est pas la croix qui a voûté ton dos de baroudeur. La croix malin politicard tu l'as toujours fait porter par les autres, hein Toi, tu te prends pour le grand manitou des esprits. Les rois et les princesses baisent tes vieilles mains de chenapan, car tu te prends même pour un chef d'état. Une belle vinaigrette, hein ! Le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel réunis

    Le cardinal

    Mais... Mais... Le Vatican siège au Machin '!'!'! heu ... heu... je veux dire à I'O N U.

    Mortimer

    Tu as beau le promener avec ton bâton de pèlerin, faire des signes de la main à la foule, frimer à la télévision, TU NE REPRÉSENTES RIEN...RIEN que l'imposture et ton Vatican n'est même pas un état démocratique.

    Le cardinal

    C'en est trop

    Mortimer

    Tais-toi, larbin. C'est au pape que je parle. Le Vatican n'a pas signé la convention européenne des Droits de l'Homme que je sache.

    Une femme

    Allez-y Cap'taine, dites ses vérités à ce vieux singe, à ce sale pétensoie.

    Mortimer

    Tu interviens dans les affaires privées des autres nations, tu n'es qu'un intrigant déguisé à la solde de ton église.

    Le chœur (scande tempo di rap)

    Tombe le masque ! Tombe le masque !

    Pose ton gros bonnet !

    Catembredon, calembredaine

    Roi de papier et de carton.

    Une femme

    Tu es un criminel de paix. Six mille femmes par an meurent dans le monde, là où ton pouvoir et tes complices, veulent les transformer en mères lapines et leur interdisent l'avortement.

    Un africain

    Oui ! tu es un criminel de paix. Du haut de ton trône doré tu prêches contre les préservatifs et dans mon pays des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants meurent du Sida parce qu'ils croient à tes balivernes maudites et dans le monde ce sont des milliers d'innocents qui continuent d'être contaminés. Crois-tu que ce grand massacre est béni par ton Dieu

    Mortimer

    Par les couilles de Lucifer, sois à jamais maudit parce que tu es un ennemi de l'amour, un ennemi du genre humain, un ennemi de la liberté.

    Le pape

    Tu me crois un ennemi de la science mais tu te trompes. L'église apprécie les progrès de la technologie et je voudrais t'exposer mon fils le grand projet Vatican 2000.

    Tu verras que l'église romaine apostolique va de l'avant quand la cause est juste et bonne.

    Une femme

    Menteur

    Le cardinal

    Silence Femme ! Laisse parler le Saint-Père

    Une femme

    (aux autres)

    Empêchez ce misogyne de cracher sa bulle.

    Le pape

    Oui... grâce à Dieu l'église pourra accomplir d'ici peu de grands miracles pour le bien de l'humanité.

    Le moussaillon

    Il va nous vendre des capotes bénies, le filou

    Une femme

    Avec des trous partout comme une passoire.

    Le garde suisse

    (brandissant sa hallebarde)

    Tais-toi hérétique ou je t'embroche.

    Le pape

    Nous pourrons par la grâce de Dieu reconstituer in vitro la chair du Krrrissst vivant.

    Une femme

    Parole ! Il se prend pour le docteur Frankenstein !

    Le pape

    ... Krrrisss ... mort sur la euh... euh... la chair... euh

    Le cardinal

    (remettant les idées du pape en place et très énervé)

    Le Saint-Père veut dire : reconstituer en laboratoire la chair du Christ vivant.

    Le pape

    Si... Si... vivant. Oui et ensuite je clonerai Jésus et je l'enverrai partout dans le monde et surtout en Pologne pour semer les paroles de l'évangile.

    Un homme

    ... des paroles génétiquement modifiées.

    Le pape

    (à lui-même)

    Et moi je pourrai rester au chaud et me chouchouter la prostate.

    Un groupe de femmes

    Nous défendrons notre corps et notre esprit contre ce vieux fou, nous répandrons la contraception et l'avortement partout dans le monde. Aux Indes, en Amérique Latine, dans tous les pays pauvres et aussi dans ta Pologne.

    Le garde suisse

    Ces femmes ont raison. Et moi aussi je veux être libre de mon corps, Dès que je reviendrai dans ma bonne ville en France, je file à la mairie me faire pacser avec mon petit copain le bedeau. Je ne veux plus qu'on se voit en cachette dans la grande armoire de la sacristie.

    Intermède dansé

    On coiffe le pape avec une guirlande de soutiens-gorges

    De grosses capotes gonflées volent au-dessus du plateau

    Un diable pourchasse le virus du sida

    Des femmes enceintes se... dégonflent

    Scène III

    Le récitant

    Après cette petite fête, il conviendrait de se reposer quelques minutes. Nous n'en avons pas le temps : voici en effet qu'un visiteur inattendu descend du ciel et se pose en parachute sur le bastingage, du moins sur ce qu'il en reste.

    Mortimer

    Tu dieu. Qu'est-ce que c'est que cet asticot volant ?

    (I'homme en smoking, casquette blanche et baskets blanches se dirige vers le capitaine et lui fait un salut quasi militaire).

    Qui es-tu donc pour te permettre ce numéro de cirque sur mon navire

    Harry

    Appelez-moi Harry vu les circonstances et cessez-je vous prie de me tutoyer.

    Mortimer

    Ici, mon coco, c'est moi qui donne des ordres. Je repose ma question.

    Qui es-tu ?

    Harry

    Harry, citoyen et ancien président des États-Unis d'Amérique.

    Je suis un démocrate avant tout. Un programme d'enfer : j'ai imposé le contrôle des prix, promulgué la loi antigrève, limité les immigrations au flot dévastateur.

    Mortimer

    Pour un démocrate, tu ne manquais pas d'air

    Harry

    Et ce n'est pas tout ! Le plan Marshal, l'intervention en Corée c'est encore moi

    Mortimer

    Et modeste avec ça, hein Harry ? Si on te coiffait d'un grand gibus tu pourrais passer pour l'Oncle Sam en personne.

    Harry

    Que voulez-vous dire ?

    (les personnages se figent un instant pour laisser place à un intermède-rap sur le petit théâtre)

    Intermède chanté

    Les rapers

    Oncle Sam est un roublard

    Qui amasse les dollars

    Oncle Sam est plein d'ardeur

    Plein d'ardeur mais pas de cœur

    Oncle Sam est sans scrupule

    Il bouscule il manipule

    Et s'il voit qu'tu capitule

    Il te charge et il (t'encule)

    (Mortimer et Harry reprennent vie et continuent leur dialogue)

    Harry

    Quelle audace! C'est inadmissible cet outrage mérite la chaise électrique!

    Mortimer

    Tu ne comprends pas hein. Par les breloques de Belzebuth. Assassin hypocrite !!

    Hiroshima, Nagazaki ? Tu en a entendu parler ou tu me prends pour un distributeur de chewing-gums ?

    Harry

    Eh bien oui je suis l'homme du 6 août 1945, celui qui a eu le courage de mettre fin à la seconde guerre mondiale.

    Mortimer

    Démocrate et assassin, liquidateur de populations civiles, éliminateur de deux villes.

    Harry

    Il n'y avait pas d'autres solutions. Il fallait arrêter le massacre...

    Mortimer

    Par un autre massacre... Hein Harry ? Nous savons tout maintenant sur cette affaire. Eisenhower, un vrai citoyen celui-là, t'avait dit que cette expédition de merde n'était pas nécessaire.

    Le Japon avait fait savoir par les russes qu'il voulait capituler. C'était l'affaire d'un jour ou deux. Alors quand tu as su ça, c'a a été plus fort que toi. T'avais des démangeaisons partout, tu regardais fixement ton téléphone et son gros bouton rouge te rentrait dans la tête. Tu voulais faire ta grosse crotte dans l'histoire de l'Humanité. Tu voulais ton feu d'artifice. Et puis tu te disais aussi en politicien pourri, avec ton anticommunisme de primate : je vais leur en foutre plein les mirettes aux ruskofs.

    Mais les ruskofs, ils sont un peu comme les enfants. ils aiment bien les pétards. Ça les fait bander les pétards. On peut dire qu'ils ont tiré profit de ta démonstration. Seulement voilà : les ruskofs, ils ne sont pas très sérieux et ça a donné Tchernobyl, des mômes avec nageoires et des mers nucléarisées.

    Harry

    Vous ne savez pas ce que vous dites vous n'êtes qu'un desperado.

    Mortimer

    Tu as voulu être aussi célèbre que Landru, Hitler ou Dracula.

    Matelots qu'on jette cet ectoplasme à la mer et si quelqu'un sur cet enfer errant dit que la guerre vaut mieux que la paix qu'il soit pendu sur le champ au mat de misaine.

    (roulements de tambours soutenus pendant quinze à vingt secondes)

    Intermède sur le petit théâtre le reste de la scène étant plongé dans le noir.

    Marguerite Duras

    Hiroshimaaaa, Hiroshimaaaa mon amououour !

    Un japonais irradié lui tape dessus avec une pancarte représentant une tête de mort. Elle tombe, il pose son pied sur le ventre de Marguerite, la photographie au flash puis se met à rire d’un petit rire inquiétant : Hi Hi Hi Hi !

    Le petit théâtre s'éteint et le plateau central s’éclaire.

    Scène IV

    Le récitant

    Journal de bord du capitaine Mortimer:

    "3ème nuit de pleine de lune. Traversons actuellement une immense nappe de mazout. Impossible de se repérer, même la boussole a perdu le nord. Nous nous sommes nourris jusqu'à présent de plancton et de poissons volants attrapés avec un filet à papillons. Il nous faut laisser derrière nous et au plus vite toute cette saloperie gluante et pestilentielle faute de quoi nous ne pourrons plus nous alimenter".

    Un moussaillon (sur le mat de misaine)

    Cap'taine! Cap'taine!

    Mortimer

    Oui... Qu'est-ce qu'il y a'?

    Moussaillon

    Cap'taine, j'en crois pas mes yeux ! Terre ! Terre ! à tribord...

    Mortimer

    Tu rêves moussaillon. Le pétrole te monte à la tête. Tu devrais boire une rincée de rhum pour te remettre les idées en place.

    Moussaillon

    Mais je vous jure capitaine, c'est vrai ! Même qu'on dirait comme une île qui flotterait sur la mer.

    Mortimer

    Cornegidouille de mes fesses ! Allez , gamin... descends ! C'est sans doute une baleine que tu as repérée.

    Moussaillon

    Non ! Non cap’taine ! C'est vraiment très grand. Je n'en vois pas le bout et il y a même des montagnes.

    Mortimer

    Je te dis que c'est impossible, espèce de sautereau têtu

    Moussaillon

    Mais venez voir capitaine, ça bouge et ça va vite... très vite... !

    Ouh la la... j'ai peur (il descend très vite et va se cacher dans un coin soirs les bâches)

    Mortimer

    (il prend ses jumelles)

    Foutredieu, ça se corse

    Une voix venue de la mer

    Capitale Ajaccio

    Mortimer

    Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

    (on entend des cris et des coups de feu, une voix hurle : à l'abordage Un homme cagoulé apparaît brandissant le drapeau corse)

    Corse 1

    Tu ne pensais pas si bien dire, capitaine

    (d'autres corses portant également des drapeaux se ruent sur le pont)

    C'est la Corse en vadrouille. On a coupé nos amarres, notre île se dirige enfin toute seule. À nous la liberté ! Et vive la Corse libre ! (en réalité, on s'aperçoit comme Mortimer que tous les étendards brandis sont différents)

    Corse 2, 3, 4 et 5

    (présentant leurs drapeau à Mortimer)

    Corsica Nostra

    Insula liberta

    Corsica nationale

    Cococorsica

    Corsa nova

    Corsica independanta

    Corse 1

    (bousculant les autres)

    Capitaine je me présente : Tino Orsini, fils de Giovani et de la mamma Torti. Je suis le chef de Corsica Nostra, le seul capable de prendre en main le destin national de notre île bien aimée.

    Corse 2

    (bousculant corse 1)

    Capitaine y faut pas écouter ce qu'il dit. C'est moi le sauveur, zé souis lé sauveur. Ze souis Gino Casanova et mon nom dans le monde entier est célèbre.

    Corse 1

    Tu n'es qu'un menteur un voyou et un sale bâtard. Juste neuf mois avant ta naissance, on a surpris ton père entrain de te fabriquer sous un châtaignier avec la Thérésina, la grosse pute qui a sa paillote juste en face de l'île rousse.

    Corse 3

    (les séparant violemment)

    Arrêtez vous deux ! On dirait deux vieilles marchandes de rascasses et de poutina ? Capitaine, ils ont bu trop de casa.

    Moi que je m'appelle Bastita Jacobi qué vous pouvez me croire.

    Mon père lui quand il m'a fait, il tenait ma mère d'une main et le livre des prophètes dans l'autre. À eux deux ça leur faisait déjà 10 000 ans d'angoisse sur les épaules.

    Mortimer

    J'en ai assez entendu pour me demander : comment vous allez gouverner puisqu'il n'y en a pas un qui soit d'accord avec l'autre.

    Corse 2

    Ça c'est une affaire qu'un étranger qui n'est pas de nationalité corse qu'il peut pas comprendre.

    Mortimer

    Moi ce que je comprends c'est que vous ne pourrez plus multiplier vos vaches et vos cochons dans les couloirs des ministères. Et s'il était vivant, je me demande ce que Napoléon penserait de tout ça.

    Corse 1

    Notre petit caporal, il dirait que la seule façon d'être européen c'est de conquérir l'Europe.

    Mortimer

    Et il lui faudrait combien de morts cette fois-ci ?

    (le petit théâtre s'allume. Paraît Napoléon entre deux grognards)

    Napoléon

    Ce que je dirais ?

    Je dirais que l'Europe n'est plus à conquérir : la maffia internationale s'en est occupée. Les petits dictateurs et les apprentis du nationalisme ont poussé comme des champignons sur des terrains pourris.

    Foi de corse, de guerrier et d'européen vaincu, je dirais que ma terre natale n'est qu'une image de cette décomposition qui morcelle l'Europe au lieu de l'unir.

    Capitaine, d'autres radeaux errants croiseront votre route incertaine, ils seront habités par d'autres frères ennemis. Basques ou Bretons,

    Kossovars ou Wallons, Croates ou Tchétchènes.

    L’Europe n'est plus l'entité culturelle que Zeus lui même engrossa sous un platane de Crête. Elle n'est plus qu'un noman's land continuant à se désagréger avec ses banques et ses usines sous les trous d'ozone.

    Alors ce que je dirais , moi Napoléon ? Je dirais, parole de soldats, que vous me faites tous chier avec votre politique de merde et que je m'octroierais le droit de me construire la plus chouette paillote de toute la côte et que je me taperais les plus belles filles du monde en écoutant chanter Tino Rossi sous les étoiles.

    (noir)

    Sur un vieux disque, quelques mesures d'une chanson stupide de Tino, comme Tchi Tchi.

    La lumière pointe à nouveau sur la scène comme une aurore, jeux d'éclairage donnant un aspect féerique pendant que le récitant parle (fond léger de musique).

    Le récitant

    Et les jours de succéder aux jours et le radeau dérisoire de flotter tristement. Mortimer doué d'un certain pressentiment avait bouché les oreilles de ses passagers avec des boulettes de pétrole caramélisé récupérées dans la mer. Il s'était souvenu que Neptune lui avait promis un dangereux récital en lui envoyant ses sirènes enjôleuses. Mortimer qui avait lu Homère s'était souvenu que devant un tel danger Ulysse avait bouché les oreilles de ses compagnons avec des tampons de cire. Mais sa stupéfaction fut grande lorsqu'il s'aperçut que ces créatures de rêve flottaient sur la mer, le ventre en l'air, les yeux révulsés, leurs cheveux enchevêtrés dans des rubans de mazout poisseux. Même les écailles de leur joli nombril étaient ternies et tâchées de petites galettes gluantes. Toute vie les avait abandonnées.

    Ainsi l'imbécillité primaire et la cupidité assassine des compagnies pétroleuses avaient non seulement tué des oiseaux marins, des algues et des poissons, mais elles s'attaquaient aussi aux fondements culturels et légendaires de notre civilisation pour le seul bénéfice d'une bande de voyous aimant se faire appeler chevaliers d'industrie et d'actionnaires sans scrupules jouant avec le destin de la planète comme on jouerait au monopoly.

    À la mémoire de ces magiciennes disparues, Mortimer offrit à ses hôtes un petit spectacle du souvenir.

    (durée 1 à 2 minutes sur le petit théâtre, bal de sirènes avec chante. Nuit avec croissant de lune)

    Scène V

    Le récitant

    Comme vous le voyez, le voyage de Mortimer est émaillé d'événements inattendus.

    Cette nuit là tout était calme. Le moussaillon avait pris la barre et le croissant de lune, se reflétait sur l'eau. Mortimer fit un rêve.

    Curieusement, il ne rêva point de sirènes de music-hall en maillot pailleté de galuchat. Ce furent deux bovidés qui lui apparurent sous la forme du veau d'or et de la vache folle.

    Le veau d'or

    (accent sophistiqué)

    Comment vas-tu boîte à lolo ?

    La vache folle

    (accent paysan)

    Comme j'peux, tirelire.

    Veau d'or

    On dirait qu' tu traînes la patte.

    Vache folle

    J'avions mal aux articulations.

    Veau d'or

    Ce n'est rien ça, l'humidité sans doute.

    Vache folle

    Je me sens lourde, comme si qu'j'allions vêler.

    Veau d'or

    C'est que tu vas nous faire du bon lait. Comment vont tes tétines

    Vache folle

    Mes tétines? Sont un peu enflées.

    Veau d'or

    C'est l'air salin.

    Vache folle

    Ou les vapeurs d'mazout. J'ai aussi mal à la tête, la Blanchette ma sœur al dit qu'j'avions perdu la raison.

    Veau d'or

    Ça, c'est beaucoup plus sérieux ! Explique toi ?

    Vache folle

    Ben l'vétérinaire i dit coume ça que ptêt ben qu'oui, ptêt ben qu'non...

    Veau d'or

    Qu'est-ce qu'il dit ?

    Vache folle

    Ben dit qu'ptêt ben que j'serions dev'nue folle. Tu t'rends compte ?

    Veau d'or

    T'as t-il fait des tests ?

    Vache folle

    Cé quoi çà des tests ? J'connaissions qu'les testicules du taureau.

    Veau d'or

    Oui, je vois...

    Vache folle

    Tu vois quoué '? Hein, Tirelire

    Veau d'or

    Est-ce que tu as de l'appétit

    Vache folle

    Ah ben ça pour sûr. Pour sûr. J'vas mêm' te dir que i 'dévore surtout depuis qu'on m'donn' des p'tit' gâteries.

    Veau d'or

    Des gâteries

    Vache folle

    Ben oui... Ah C'est ben meilleur que l'herbe ! D'puis qu'on m'donne des p'tit croquettes et pis des p'tits granulés tous roses, eh ben j'trouvions qu'le sainfoin et même la marjolaine is ont pu beaucoup de goût. Tu trouv' pas ça bizarr' toué ?

    Veau d'or

    Ça n'a rien de bizarre, boîte à lolo. Avec les découvertes modernes tu es mieux nourrie et tu as pris du galon.

    Vache folle

    Du galon cé quoué ça'?

    Veau d'or

    Je veux dire que tu es maintenant un produit industriel apte à l'exportation. Ce qui est ennuyeux, c'est ce que tu m'as dit, concernant tes maux de tête. Est-ce qu'on te soigne ?

    Vache folle

    Ben i font qu'ça depuis que j'suis née. Des piqûres dans le cou, des suppositoires dans le cul, des purgatifs, des anabobo ... boboli ... bollo ... nisants, des hormones de croéssance. Dé fois j'me dis Marguerite t'es pu une boîite à lolo, mais une armoére à pharmacie.

    Veau d'or

    Pourtant tu raisonnes ! Tu n'as pas l'air si folle que ça.

    Vache folle

    Dis-moi Tirelire ça r'semble à quoi une vache folle

    Veau d'or

    Ça ressemble à une vache tout simplement.

    Vache folle

    Ah ben, tu m'rassures

    Veau d'or

    Pourquoi ça ?

    Vache folle

    Ben pac'que dé fois j'avions l'idée d'mettre sur ma tête un p'tit chapiau avec une voélette.

    Veau d'or

    Pour te protéger des mouches ?

    Vache folle

    Ah, non ! pac'que j'trouvions ça ben coquet ben biau.

    Et pis attends, j'aimerions aussi des bell'bouc'd'oreilles comme celles de la vache qui rit.

    Elle est pas folle hein la vache qui rit.

    Veau d'or

    Oh que non! Depuis qu'elle existe, on peut dire qu'elle est au hit parade du fromage fondu reconstitué à partir des stocks invendus. C'est une championne du marché.

    Et as-tu d'autres souhaits ?

    Vache folle

    Pour sur ! j'voudrions aussi que l'merlan im'm'mett' des bigoudis sur la queue.

    Veau d'or

    Pour chasser les mouches ?

    Vache folle

    Ben Non ! Ben non ! Pac'que ça f'rait joli pour éberluer l'taureau

    Veau d'or

    Je vois. Et tu as encore d'autres souhaits

    Vache folle

    C'est sûr. À force que d'le voér passer, j'aimerions ben prendre le train et pis monter à la Tour Eiffel.

    Veau d'or

    C'est tout ?

    Vache folle

    J'voudrions aussi fair du patin à roulettes et m'installer au champ de Mars. J'savions pas c'qu'il y pousse. Mais paraît qu'c'est ben biau.

    (elle se met à danser)

    Veau d'or

    (sort son portable doré)

    Âllo, Mr. Schmoll. Ici Tirelire. Oui, c'est pour la Marguerite. Il faut l'abattre tout de suite et en douce. Oui... comme d'habitude. Moitié, moitié. Oui, naturellement.... Si on peut pas la fourguer au boucher on en fera du pâté pour chien.

    Le boucher

    (chant extrait de Faust)

    Le veau d'or est toujours debout !

    On encense sa puissan-an-ance

    D'un bout du monde à l'autre bout

    Pour fêter l'infâme idole

    Rois et peuples confondus

    Au bruit sombre des écus

    Dansent une ronde folle

    Scène VI

    Le récitant

    Les jours qui suivirent cet étrange dialogue entre deux bovidés qui avaient mal tourné chacun à sa manière, Mortimer continua d'errer sur les mers en offrant à ses hôtes d'autres spectacles édifiants.

    Mortimer soignait sa légende qui l'apparentait à Zorro ou à quelque autre justicier de bandes dessinées, quand survint l'événement majeur de son voyage. Un bateau patrouilleur de la police maritime internationale aborda ce matin là l'inquiétant navire et entreprit de le visiter.

    (Les enfants apparaissent)

    Mortimer dut jeter son masque. Il n'était point le justicier pour lequel il s'était fait passer, mais un abominable trafiquant de chair humaine qui transportait dans la cale des enfants de toutes couleurs raptés sur des terres lointaines aux fins de les revendre comme des esclaves dans des ateliers clandestins.

    Les enfants prennent position, s'installent en différents lieux du plateau qui prend l'allure d'un tribunal.

    Le roi Carnaval aussi était dévoilé. Il n'était que le bouc émissaire des puissants corrompus, et les enfants refusèrent qu'il fut sacrifié pour les crimes des autres. Il ne sera pas brûlé.

    Le mot d'ordre du nouveau millénaire était : Jette ton masque. Ne soit pas comme tous ces loups qui chaque jour couvrent leurs épaules de la peau frisée d'un caniche de salon. Rejette la civilisation du mensonge.

    Ballets des symboles

    Le moussaillon

    Jette ton masque !

    Et souviens-toi que les dictateurs ne sont pas venus seuls au pouvoir, ils y ont été aidés, certains ont été élus, plébiscités.

    L’africain

    Jette ton masque !

    C'est toujours le mensonge qui a fait passer le messie pour une lanterne. Au nom d'un idéal religieux trafiqué on a laissé les grands manipulateurs du dogme régner sur les masses affamées et illettrées.

    Le fils de l'africain

    Jette ton masque

    Et jette ton casque. Au nom de la race on a inventé un sous-homme pour en faire un esclave. Ne sois jamais du côté des assassins.

    Une femme

    Jetez vos masques ! Hommes du XXe siècle

    Qu'avez-vous fait pour prévenir ces crimes ? Vous êtes toujours apparus après les désastres. Votre justice a blanchi des criminels de paix au nom de vos intérêts particuliers et vous avez livré à la vindicte de simples boucs émissaires afin de protéger des personnalités que vous avez décrétées responsables mais non coupables. Votre négligence a permis à des voyous de haut niveau de produire les plus grands scandales du siècle.

    Enfant 1

    Vous avez corrompu les plus beaux et les plus respectables des projets de l'humanité.

    Enfant 2

    Encoconnés dans vos mitoufles vous avez fermé vos yeux et vos oreilles sur les scandales de l'histoire.

    Enfant 3

    Partout l'argent a pris le pouvoir, et vous, hommes du XXe siècle, au lieu de descendre dans la rue, avez fait confiance à vos politiciens devenus les serviteurs des chevaliers de l'industrie, de ceux qui veulent s'approprier les biens naturels de notre terre pour nous les revendre dangereusement modifiés à prix d'or.

    Les enfants

    Nous ne voulons pas de votre héritage parce qu'il sent mauvais. Ensemble, nous allons brûler les symboles qui vous ont conduit sur le chemin de l'esclavage, de la lâcheté, du trafic, de la délation, du racisme, de la violence et du crime.

    (bis amplifié)

    Rap final de chanson, tandis que les enfants solennellement, jettent au feu les symboles.

     

     

    FIN

     

     

  2. Deuxième partie : Réactions d'administrés et articles de presse
    1. L'Impartial : Lettre ouverte à Henri Bertholet (Philippe Labadens)

      L'Impartial 09 mars 2000

       

      Lettre ouverte à monsieur Bertholet, député maire de Romans

      Laïcité ou intolérance, il faut choisir !

      Je m’adresse à vous en tant que père de famille, contribuable romanais, et catholique parmi tant d’autres de vos administrés. Je veux vous témoigner de la profonde indignation que m’a inspirée l’exhibition infiniment méprisante, intolérante et d’un outrageux racisme anti-chrétien que vous nous avez offerte dans le cadre du carnaval de Romans. Au-delà de sa médiocrité littéraire et de l’extrême trivialité de son contenu, la pièce "Les passagers du siècle" jouée samedi 26 février sur la place publique vise à ridiculiser, humilier et blesser une importante frange de la population répartie dans toutes les couches sociales de notre cité.

      L’équipe municipale aurait-elle trouvé dans quelques forfaits que nous aurions commis la justification à un si grand désir d’humiliation pour qu’elle se soit permis un tel écart ? En choisissant de prendre les chrétiens pour cible de votre défoulement, vous admettez implicitement la richesse de l’enseignement de l’Eglise. En effet, la charité et le sens du pardon qui en sont des fondements vous évitent une trop grande prise de risque. Vous ne vous être pas trompé de cible, car une injure de cet ordre mettant en cause d’autres religions aurait assurément entraîné des réactions fort compromettantes pour votre avenir politique ! Par le fait des agissements de votre équipe, les chrétiens de la région sont victimes d’une vive attaque de type raciste anti-catholique. Je ne comprends pas cette attitude de votre part compte tenu de vos précédentes prises de position pour la non-discrimination.

      Joueriez-vous de la provocation pour savoir si les chrétiens existent encore ? Alors, je puis vous assurer qu’après 2000 ans d’existence et de persécution, l’Eglise continue à nourrir d’espérance nombre de vos administrés. Et si vous avez voulu blesser, faire souffrir, alors réjouissez-vous, l’objectif est parfaitement atteint.

      Monsieur le maire, auriez-vous perdu le sens de votre rôle d’administrateur de la cité ? Gérer les exigences matérielles du quotidien n’est pas votre seule charge. La qualité de vie pour l’avenir de notre ville de Romans ainsi que la paix sociale de la cité de demain sont également de votre responsabilité, et le sens du respect mutuel de nos différences est la plus fondamentale et la plus incontournable des valeurs qui nous permettront d’atteindre ces objectifs. N’êtes-vous pas d’accord avec cette affirmation monsieur le maire ? Alors monsieur le maire, puisque vous vous êtes portés candidat à nos suffrages pour administrer notre cité, il est de votre responsabilité d’éduquer le peuple dans ce sens, et la culture est l’outil dont vous disposez pour y parvenir. La fête est un moyen d’éducation populaire, mais ce que vous nous avez présenté se situe radicalement sur le registre de la déculturation et de l’éducation à la discrimination.

      Les administrateurs de la cité de Romans avaient pour habitude, me semble t-il, de soutenir le principe de la laïcité et de le promouvoir comme étant une valeur de base de notre société. Valeur de base de la société, elle l’est incontestablement lorsqu’elle implique le respect des différences de sensibilité et qu’elle s’oppose à ce que les valeurs des uns soit imposées à d’autres en dehors du cadre de la démocratie. Monsieur l’administrateur de notre cité, est-il juste, moral et laïc d’user de l’argent de vos contribuables pour financer leur humiliation ?

      Pour les blessures et pour l’humiliation de l’ensemble des chrétiens de notre cité, pour le mauvais usage qui a été fait de l’argent des contribuables que nous sommes et pour l’insuffisance des gestionnaires de la cité dans leur devoir d’éducation populaire, nous sommes en droit d’attendre les excuses de la part des responsables, et d’être informés des sanctions infligées aux coupables, si par le fait d’une subtile originalité ils ne devaient pas être les mêmes.

      Pour conclure et pour souligner le caractère éducatif de la fête, je retiendrai de la stupide comédie du carnaval romanais cet extrait de l’acte IV :

      "Ainsi l'imbécillité primaire et la cupidité assassine […] s'attaquaient aussi aux fondements culturels et légendaires de notre civilisation pour le seul bénéfice d'une bande de voyous […]"

      Ph. Labadens

    2. L'Impartial : Réponse à la lettre ouverte (Henri Bertholet)

      Tribune libre L'Impartial 16 mars 2000

       

      Un bien mauvais procès

      Réponse à une lettre ouverte par Henri Bertholet

       

      Vous avez choisi pour me faire part de votre sentiment à propos d'un aspect du Carnaval, de confier votre courrier à "L'Impartial" plutôt qu'à la Poste. Je vous répondrai donc par l'intermédiaire du même médium.

      Je vous dirai d'emblée que je peux tout à luit comprendre votre émotion devant la teneur que l'auteur des "Passagers du siècle" a donnée au moment théatralisé qui se substituait, en cette année 2000, au traditionnel procès de Carmentran.

      En revanche, je comprends mal qu'elle vous fournisse matière à instruire mon propre procès, comme si j'étais moi-même l'auteur de cette farce. Et ceci au motif que le Carnaval est subventionné 'par la ville. A ce compte là, autant prétendre que le "Tartuffe" est l'œuvre de Louis XIV puisque Molière était pensionné par le Roi ! (A ce que je sache, la "cabale des dévots" n'a pas osé aller jusque là dans son offensive pour obtenir l'interdiction des représentations !)

      Deux faits pourtant n'auraient pas dû vous échapper, qui. vous auraient permis de maintenir votre critique de cette création dans son juste contexte.

      D'une Part, nous sommes en République et moins que jamais les pouvoirs publics ne sauraient être tenus pour comptable de la subjectivité des auteurs; d'autre part il s'agissait d'un carnaval.

      Le Concept même de Carnaval est historiquement lié à la contestation (Oh, très temporaire : 24 heures !) de l'ordre établi et des autorités.

      Il va de soi. que les Carnavals modernes n'atteignent pas le degré de violence qu'a' connu celui de Romans dans un passé évoqué par l'historien Leroy Ladurie. Mais ils tolèrent forcement (ou alors il n'y a plus de carnaval) que s'exprime sous forme de farce, de caricature, la subjectivité des participants.

      Depuis que le Carnaval de Romans a recommencé à exister, la municipalité s'est interdit de censurer le texte du "procès".

      Le collectif d'organisation avait, cette année décidé de confier son écriture à un auteur reconnu de biographies, d'essais, de poèmes.

      La première partie de cette farce, que j'ai découverte comme tout un chacun, au moment où elle était jouée, m'est effectivement apparue comme une charge très partiale contre la hiérarchie de l'église catholique. Mais elle ne reflétait que la vision de son auteur ; et son outrance même lui enlevait à mon sens toute efficacité anti-cléricale (à supposer que l'auteur l'ait recherchée).

      Je n'ai pas manqué, de même (et j'en ai fait la réflexion autour de moi), de remarquer qu'à limiter les horreurs du siècle à l'action de l'Eglise, de l'Oncle Sam, des nationalistes corses, des multinationales coupables de la "mal bouffe", l'auteur oubliait quelque peu les méfaits d'Hitler, Staline, Pol Pot et consorts, dont le palmarès est pourtant dans tous les esprits.

      Il est certain qu'en choisissent de laisser les créateurs du Carnaval entièrement libres de leur propos on prend le risque que soient choquées telles ou telles personnes, telles ou telles institution (les auteurs n'épargnent d'ailleurs pas toujours la municipalité et la personne du maire !) Mais c'est la règle du jeu et vous conviendrez avec moi qu'une censure préalable, un "imprimatur" municipal ne serait guère défendable.

      De quel droit et selon quels critères pourrais-je m'arroger le pouvoir de dire ce qui est dicible et ce qui ne l'est pas ? Ce serait contraire à ma conception de la liberté d'expression et de création et évidemment antinomique à toute idée de Carnaval.

      D'autres chrétiens m'ont fait part de leur émotion et souhaité m'en parler. J'ai naturellement prévu de les rencontrer. Point n'était besoin que soit entendu l'écho de la perception douloureuse de cette farce par ceux qui l'ont ressentie comme une offense, d'en faire le prétexte à une accusation contre la municipalité. Mais peut-être n'êtes vous pas fâché 'd'essayer de faire croire que la municipalité pourrait être hostile aux chrétiens.

      Je voudrais enfin, pensant non seulement à vous même mais aussi à tous ceux qui ont pu se sentir sincèrement blessés,: faire une dernière observation : au delà d'un agacement compréhensible, il me semble qu'un chrétien ne peut guère être vraiment atteint dans sa foi et les valeurs qu'elle promeut par une farce bouffonne de ce type. Au-delà de la forme caricaturale, les reproches à l'encontre de l'Eglise catholique formulés par l'auteur sont, à tout prendre, nettement moins Sévères que les fautes reconnues par le Pape Jean Paul II lui-rnême, dimanche dernier.

      Ecrirez-vous dans "L'Impartial" pour dénoncer, dans le chef de l'Eglise, un ennemi des chrétiens ?

      Henri Bertholet, Député Maire de Romans

    3.  
    4. La Croix : Le Pape tourné en dérision (…)

      La Croix 20 mars 2000

       

      Le Pape tourné en dérision lors d'un carnaval à Romans

      Anticléricalisme : Une délégation de chrétiens a été reçue la semaine dernière par le député-maire de la ville

       

      A Romans-sur-Isère (Drôme), la tradition du carnaval remonte au XVIe siècle. Une bonne occasion de se moquer des personnalités en vue et de tout ce qui porte entrave à la bonne marche de l'existence quotidienne de chacun. On fait leur " procès ". On rit un moment, et puis on revient aux choses sérieuses. Comme pour un spectacle de chansonniers, en somme...

      Parfois, pourtant, il arrive que les auteurs et les comédiens dépassent les bornes, portent atteinte à la vie privée des personnes, à leurs croyances ou à leur foi religieuse, tiennent des propos blasphématoires. C'est précisément ce qui s'est produit le 26 février, en soirée, place Jean-Jaurès, au cours d'un spectacle écrit par Michel Dorigné, sous le titre Les Passagers du XXe siècle. Le Pape fut tourné en dérision et des propos fort grossiers et outranciers furent tenus à tel point que les chrétiens présents furent pour le moins très choqués : ils ne s'attendaient pas à une telle charge. Au premier rang de ces auditeurs, de jeunes scouts, d'autant plus indignés que contrairement aux adultes ils ne connaissent pas l'histoire des opinions anticléricales qui perdurent dans certains. milieux intellectuels. Comment auraient-ils pu imaginer que le " bonnet " du Pape, marqué d'une croix, pût être brûlé en place publique ?

      Certes, le Pape et le Vatican n'étaient pas seuls " en procès ", puisque la satire portait aussi sur l'Amérique, la vache folle et d'autres événements qui firent la " une " de l'actualité ces dernières années, mais les spectateurs n'imaginaient pas ce déchaînement contre le chef de l'Église catholique.

      Le maire ne veut pas cautionner les propos tenus contre le Pape

      Qui est responsable de ce spectacle ? À la mairie, l'élu en charge des affaires culturelles a confié le spectacle à Michel Dorigné et au metteur en scène sans que lui-même ou le maire ait pris connaissance du contenu du texte. Au nom, de toute évidence, de la liberté d'expression. Et d'après des chrétiens de Romans que nous avons pu joindre, Henri Bertholet,, député-maire socialiste, connu comme tolérant et respectueux des croyances de tous, est plus que tourmenté par la tournure prise par le spectacle. Le maire est d'ailleurs réputé pour entretenir des relations cordiales avec les représentants des diverses religions.

      Une délégation conduite par le vicaire épiscopal résidant à Romans, deux prêtres et des laïcs, a été reçue la semaine dernière par le maire, afin de lui communiquer. l'impression faite par le spectacle dans les paroisses. Elle était accompagnée par le pasteur de l'Église réformée, les protestants n'admettant pas eux non plus, que la foi chrétienne soit attaquée et moquée. Henri Bertholet, qui s'est dit le premier navré par cette affaire, a promis à la délégation de s'expliquer publiquement à travers un article qui sera publié dans Romans Magazine. Le maire entend assurer qu'il ne cautionne en rien les propos tenus à l'encontre du Pape.

      L'affaire va-t-elle en -rester là ? Certains voudraient la porter devant les tribunaux. Au demeurant, des arrière-pensées d'ordre politique expliquent en partie la vivacité des réactions à quelques mois des élections. Mais comment ne pas partager l'indignation des chrétiens devant d'incontestables dérives ?

       

       

    5. L'Impartial : Lettre ouverte à Henri Bertholet (Pierre Grève)

      L'Impartial 23 mars 2000

       

      Lettre ouverte de monsieur Pierre Grève

       

      "Ce n'est pas sans une vive émotion que j'ai pris connaissance du scénario de la pièce jouée le 26 février dernier sur la place publique de votre ville de Romans - que vous avez l'honneur et la responsabilité d'administrer - scénario que votre municipalité a cru bon d'offrir à la population à l'occasion de son carnaval !

      Il est vrai que le carnaval est une occasion de détente et que certaines règles de correction peuvent être franchies momentanément en cette circonstance, mais le "menu" servi ce soir-là dans le cadre de la scène 2 est une véritable provocation envers les nombreux chrétiens, particulièrement les chrétiens catholiques, puisque le plus haut responsable de cette confession, Jean Paul II, a été particulièrement ridiculisé et outragé.

      C'est cet aspect de provocation et de discrimination - je dis discrimination parce qu'à travers cette scène, c'est le christianisme lui-même qui est pris pour cible et calomnieusement attaqué - qui m'indigne profondément. Car enfin, est-ce le rôle du responsable de la cité que vous êtes, de favoriser ainsi un tel climat de suspicion, de tension, et de méchanceté ?

      Il me semble d'autre part que vous n'auriez jamais toléré que' le monde de I'Islam ou du Judaïsme, pour ne citer que ceux-là, soit bafoué de la sorte... Vous n'auriez jamais osé prendre, pareil risque, même dans le cadre d'un carnaval, car les retombées auraient certainement été d'un autre ordre - et à juste titre - que celles encourues sur le dos des chrétiens catholiques !

      Et à travers tout cela, où en sont les grandes envolées républicaines de tolérance, de fraternité, de liberté ?… Face à la tolérance : l'intolérance méprisante, face à la fraternité : la méchanceté et la calomnie, et face à la liberté : le seul droit de se taire ? Du beau travail en vérité !

      N'a-t-on pas mieux à faire - même dans le cadre de la distraction - qu'à attiser de pareils comportements et sentiments ? Pensez-vous sincèrement, que cet "événement romanais" aura favorisé une 'meilleure compréhension mutuelle dans notre société cosmopolite ? Qu'il aura tissé des liens plus étroits de solidarité ? Développé le véritable sens de la fraternité ? Etant entendu que ces valeurs ne sont pas spécifiquement chrétiennes et catholiques...

      Je ne pense pas, Monsieur le Maire, que votre objectif, en cette circonstance, ait été de favoriser la division, le mépris et l'intolérance. Alors montrez-le nous, montrez nous votre désaccord ! C'est cela que nous attendons maintenant, vous en avez les moyens, mais ne tardez pas... le temps presse et la justice encore plus !

      Malgré ma souffrance, croyez, Monsieur le maire, à mon amitié et à mes sentiments respectueux."

       

      Pierre Grève, ancien maire de Bésayes

    6. La Croix / L'arpenteur du monde

      La Croix 25/26 mars 2000

       

      L'arpenteur du monde

      La chronique de Bruno Frappat

       

      Silhouette

      De tous les humains actuellement de passage sur terre, Jean-Paul II est sans doute celui qui aura visité le plus à fond notre planète. Peu de terrae incognito, pour lui. Depuis bientôt vingt-deux ans, de pèlerinages en visites pastorales, rares sont les peuples qui ne l'auront pas vu, un jour, débarquer chez eux et embrasser leur terre. Cet excursionniste de l'humanité, ce randonneur universel offre et laissera l'image d'un inlassable pérégrinateur. Sans répit, le Pape passe-frontières aura humé tous les vents, rejoint les horizons inédits, vu des millions d'humains. Sans considération pour la fatigue, il aura, des milliers de fois, dans toutes les langues, dit sa foi et tenté de transmettre son espérance.

      Cette silhouette voûtée qui persiste, au-delà de la sage médecine, à arpenter l'univers, n'a rien de la " force qui va " dont parlait Hugo. Il est de plus en plus la faiblesse qui va. La tête penchée, les lèvres serrées d'où les phrases émergent avec difficulté, les mains qui tremblent, le doigt gourd en haut des feuillets qu'il tourne, l'œil enfoui sous les paupières lourdes, la démarche sans cesse au bord de vaciller, tout cela est-il bien raisonnable ? Non, mais il s'agit bien de raison !

      Est-il à contre-emploi pour prétendre incarner la liesse du Jubilé ? N'est-il pas, par sa fragilité d'apparence, l'exact inverse de ce qu'il proclame ? Voici un homme vieilli plus que son âge et qui parle de la jeunesse de l'Evangile ! Voici un malade qui s'obstine à proclamer la santé de l'avenir! Voici la vérité transportée sur un dos ployant et par un corps sur lequel on scrute les signes de souffrance et de délabrement ! Erreur de casting, comme on dit au cinéma ?

      Et si, au contraire, comme message dissident à délivrer à notre imaginaire du tout-image, cette pauvreté, le caractère à la fois chétif et empesé de cette silhouette hésitante, si tout cela correspondait parfaitement à ce qu'il veut dire ? Il est beaucoup de chrétiens qui murmurent contre cet acharnement dans la mission et la balade: " Quelle image de l'Église ! " s'attristent-ils.

      On ne doute pas de leur sincérité, mais n'est-ce pas se prosterner devant les travers de l'époque? Car enfin, que nous dit-elle, cette époque, de la mine que l'on doit afficher, des airs que l'on doit se donner, des silhouettes montrables ? Elle nous dit: " Jeunesse d'abord ! ", la trentaine pas plus. Elle nous dit " beauté unique ", modèle pub et papier glacé. Bon chic, bon fric, toc, strass, clips, zap : de l'allant, du brio, que diable ! Eh bien, le Pape chancelant, qui n'est pas chargé de faire une campagne de pub pour le "produit Jésus", est un refuznik des images dominantes. Il ne joue pas sur l'apparence, mais sur la substance. Sacré message, non ?

      Primaire

      Alors, il irrite, il énerve, il exaspère. " Coupez, entend-on, coupez l'image et le son! " Les antipapistes primaires se régalent. La cible est là, si lente à se mouvoir, si têtue dans sa capacité à perdurer, qu'ils peuvent lui tirer dessus sans vergogne et sans sanction. Car, en ce passage du millénaire, outre le Jubilé des chrétiens, on pourrait observer, sous mille aspects, une sorte de jubilé des antichrétiens.

      Certes, il n'est pas centralise. Il n'y a pas de Rome, pas d'institution, pas de magistère. Non, il s'agit d'une musique de fond, une musique d'ambiance. On n'y fait pas toujours attention, d'ailleurs, cela paraît tellement naturel (culturel). Un exemple extrême, mais significatif. La Croix a signalé,. la semaine dernière, comment, lors du carnaval de Romans, bonne ville dauphinoise et capitale de ce qui reste de la chaussure française, on s'est follement amusé, lors d'un spectacle assez laborieux, semble-t-il, à faire le procès de JeanPaul II et à le vouer aux gémonies. Le Pape au bûcher: quel humour! On imagine les ricanants, leur placet accompli, se frottant les mains au souvenir de leur hardiesse.

      Moquer les puissants, voilà qui relève bien de., la tradition du, carnaval et, s'agissant d'Eglise, le Moyen Age et la Renaissance n'y allaient pas de main morte avec les éminences. Alors, faut-il se scandaliser des grossièretés de Romans ? Oui, car cogner sur Jean-Paul II, l'abreuver d'injures et d'obscénités n'implique rigoureusement aucune prise de risque.

      La puissance dont on peut se gausser, aujourd'hui en France, est-ce vraiment l'Eglise ? Et de quelles foudres pourrait-elle bien menacer les scénaristes carnavalesques ?

      Cette petitesse de Romans est tellement d'époque que les réactions locales furent millimétriques et nationales inexistantes. On attend toujours que se lèvent, face à cette outrance pas drôle, les défenseurs outrés du respect de l'autre, du respect des religions ou tout simplement des différences. On n'ose imaginer le tollé si l'effigie du représentant d'un autre pan de la société, d'un autre coin du ciel (ou de la terre) avait été traité de la sorte. Là, non, rien que de très normal : JeanPaul II, quel bonheur pour les crocs des roquets. Le plus fort, c'est lui : probablement il s'en fiche.

      Siècle

      Ce Pape gêneur cet empêcheur de penser en rond, ce VRP de l'intériorité dans un système ou culture dominante et marché s'épaulent pour annuler l'esprit, nous mesurerons mieux - jusqu'à ses adversaires, et aux fidèles désolés, - quand il ne sera plus là, de quel poids il aura pesé, quand il était là. Il s'est clairement vu investi d'une mission, dans une obstination sacrée et éreintante, de franchir la passerelle séparant le deuxième millénaire du troisième, C'est ce qui le fait tenir : cette lampe à transporter, d'une rive à l'autre. D'une époque a l'autre. Il y a du vent, la passerelle remue, il ne renonce pas malgré tous les guetteurs qui le surveillent du coin de l'œil.

      Sans doute ne nous accompagnera-t-il pas très longtemps dans cet avenir qui s'ouvre. Sans doute l'épuisement du temps - ses ans, les siècles de l'Europe -, le harassement des parcours, des discours, le travail sourd de la maladie nous le montrent dans une précarité émouvante et incertaine. Plus tard, nous nous vanterons d'avoir été les contemporains de Jean-Paul Il.

    7. L'Impartial : Déclaration d'Henri Bertholet au conseil municipal

      Tribune libre L'Impartial 30 mars 2000

       

      A propos du Carnaval

      Déclaration d'Henri Bertholet au conseil municipal de Romans le 21 mars

       

      Des chrétiens, assez nombreux, ont tenu à me faire part du fait qu'ils s'étaient sentis agressés, qu'ils avaient été blessés par le débat du spectacle "Les Passagers du siècle" donné à la fin du Carnaval. Des prêtres se sont faits l'écho de leurs sentiments. Et l'évêque de Valence, lui même interpellé, m'a écrit. Pierre Pieniek et moi avons reçu assez longuement une délégation composée de prêtres, du pasteur de l'église Réformée, de membres des conseils paroissiaux qui nous ont redit leur émotion.

      Nous leur avons confirmé que la municipalité n'avait aucune part au contenu du texte qui les avait profondément choqués, et nous leur avons rappelé que tout, dans son comportement, dans les relations qu'elle entretient avec les croyants comme avec les Eglises, dans les partenariats qu'elle mène avec des nombreuses associations où les chrétiens ont un rôle important, démontre, en parfaite cohérence avec ses principes de laïcité, son respect des chrétiens comme des fidèles des autres religions.

      Nous avons rappelé que le principe même du Carnaval implique l'acceptation de la critique bouffonne des valeurs établies, des autorités, que d'ailleurs la municipalité, le maire peuvent en être assez naturellement la cible, et que le respect même de cette règle du jeu nous interdisait, de chercher a contrôler par avance le contenu de la farce.

      Le choix de l'auteur a été le fait du collectif d'organisation du Carnaval. Ses œuvres publiées paraissaient à tous garantir sa capacité à produire un texte théâtral de qualité. Sa personnalité nous inclinait plutôt à penser que nous serions parmi les victimes de sa satire. Raison de plus pour ne pas avoir l'inélégance de chercher à la connaître par avance.

      Personnellement - mais comme beaucoup d'autres - j'ai été un peu surpris par ses choix très subjectifs dans l'évocation des horreurs politiques du siècle qui s'achève, qui laissait de coté les pires d'entre elles. Et j'ai été désagréablement impressionné par la violence de la charge contre l'église catholique et son chef. Mes collègues et moi-même sommes naturellement désolés que des personnes aient pu être à ce point blessées.

      Pierre Pieniek et moi avons cependant attiré l'attention de nos interlocuteurs sur le fait qu'il ne s'agissait bien là que d'une bouffonnerie, d'un pape de Carnaval, et que même si des chrétiens l'ont vécu autrement, les "coups" portés par l'auteur n'étaient ni plus sérieux ni plus efficaces que ceux subis d'autres années par des personnages politiques - (et qui n'avaient suscité aucune protestation).

      Nous avons rappelé enfin que si la liberté d'expression et de création ne doit pas aller sans une interrogation des créateurs eux mêmes sur leurs responsabilités morales et civiques, il ne saurait être question. pour le pouvoir municipal, dans une société laïque, de s'arroger le droit à exercer un contrôlé préalable des productions.

      Car tout le monde doit bien se persuader qu'il faut rendre aux élus ce qui appartient aux élus et aux saltimbanques ce qui appartient aux saltimbanques.

       

    8. L'Impartial : Un carnaval pas très catholique (Jérôme Meyrand)

      Conseil municipal L'Impartial 30 mars 2000

       

      Un carnaval pas très catholique

       

      C'est une séance bien houleuse qui s'est tenue, lundi 20 mars, au conseil municipal. Houleuse sur un sujet en particulier. Celui du carnaval et de son procès … pas très catholique, semble-t-il. En effet, suite au spectacle Les passagers du siècles, écrit par Michel Dorigné, des prêtres et des laïcs ont manifesté leur mécontentement auprès de la municipalité. Ces derniers se sentant agressés voire blessés par certaines scènes du spectacle, notamment celle du pape et du cardinal. Mgr Marchand, évêque de Valence, n'a pas caché non plus son émotion à Henri Bertholet. Le député-maire ayant reçu une délégation composée de prêtres, du pasteur de l'Eglise réformée et de membres des conseils paroissiaux. "Nous leur avons confirmé que la municipalité n'avait aucune part au contenu du texte qui les avait profondément choqués, affirmait Henri Bertholet à l'assemblée d'élus. Et nous leur avons rappelé que tout, dans son comportement, dans les relations qu'elle entretient avec les croyants comme avec les Eglises, dans les partenariats qu'elle mène avec des nombreuses associations où les chrétiens ont un rôle important, démontre, en parfaite cohérence avec ses principes de laïcité, son respect des chrétiens comme des fidèles des autres religions". Mais l'opposition ne voulait pas l'entendre de cette oreille. Georges Durand rétorque : "La démocratie suppose le respect de l'autre, le respect de ses convictions et de ses mœurs. En attaquant publiquement et grossièrement le Pape lors de la manifestation finale du carnaval, les auteurs et les responsables de cette manifestation ont gravement porté atteinte aux convictions d'un grand nombre de ne compatriotes." Fallait-il alors que la municipalité fourre son nez dans les textes de Michel Dorigné, et censure quelques scènes, afin de ne point choquer les fidèles de l'Eglise catholique ? D'autant plus que la subvention principale sort des poches de la mairie. Henri Bertholet : "Nous avons rappelé que le principe même du carnaval implique l'acceptation de la critique bouffonne des valeurs établies, des autorités, que d'ailleurs la municipalité, le maire peuvent en être assez naturellement la cible, et que le respect même de cette règle du jeu nous interdisait, de chercher à contrôler par avance le contenu de la farce. Le choix de l'auteur à été le fait du collectif d'organisation du carnaval. Ses œuvres publiées paraissaient à tous garantir sa capacité à produire un texte théâtral de qualité. Sa personnalité nous inclinait plutôt à penser que nous serions parmi les victimes de sa satire. Raison de plus pour ne pas avoir l'inélégance de chercher à la connaître par avance." A Georges Durand de conclure : "Il convient de rappeler qu'une manifestation publique, commandée et payée par la municipalité se doit de rassembler nos compatriotes et non pas les opposer ou les diviser. La liberté d'expression accordée aux auteurs ne justifie pas de porter ainsi atteinte aux croyances et aux convictions des autres du moment que c'est une manifestation publique."

      Jérôme Meyrand

    9. Romans Magazine : Un mauvais procès

      Romans Magazine avril 2000

       

      Un mauvais procès

       

      L'édition 2000 du carnaval de Romans n'a pas fait que des heureux. De nombreux chrétiens ont été choqués par la partie du procès-spectacle s'en prenant au Pape.

       

      Le spectacle Les passagers du siècle mis en scène par Juan Martinez et dont les textes ont été écrits par Michel Dorigné prétendait "faire revivre les horreurs" du 20e siècle. Six scènes le composaient dont une mettant le Pape au banc des "premiers naufrageurs du siècle, malfrats, assassins, corrompus de tous poils". Les accusés des autres scènes étaient les USA, les indépendantistes corses, les marées noires et l'épidémie dite de la vache folle.

      Ce sont les positions du pape sur l'avortement et la contraception qui alimentèrent la diatribe à son égard, l'État du Vatican étant également dénoncé pour n'avoir pas "signé la Convention européenne des droits de l'homme". Le réquisitoire est particulièrement riche en injures, insultes.

      Dans les jours qui suivirent, des chrétiens de Romans et d'ailleurs ont fait part au maire de leur émotion, voire de leur indignation. Certains reprochent en effet à la municipalité (qui a financé le carnaval géré ensuite par un collectif comprenant des élus, des techniciens municipaux, des professionnels du spectacle et des responsables d'association,) d'avoir laissé faire.

      Les réactions n'ont pas été qu'épistolaires. Le journal La Croix s'en est fait l'écho ainsi que la revue "Présent"... Le 18 mars, des représentants de l'église catholique accompagnés de laïcs et du pasteur protestant ont été reçus en marie par Henri Bertholet et son adjoint à l'action culturelle Pierre Pieniek pour exprimer leur émotion.

      Etre plus vigilants

      Monsieur et madame Boggio, qui participaient à cette entrevue, nous ont confirmé: "Nous croyons que le maire est sincère lorsqu'il dit qu'il est désolé de nous savoir blessés et qu'il est touché lui-même que l'on puisse douter de son esprit tolérant. Mais ce spectacle offert à tous a tout de même été réalisé avec l'argent public, nos impôts. Les élus auraient dus être plus vigilant, donner un cahier des charges par exemple.

      On a laissé donner une idée fausse de l'Eglise en ne parlant que d''un tout petit aspect. Et sœur Emmanuelle? Et ces millions de catholiques qui, à travers le monde aident les personnes qui souffrent ?

      Auteur des versets incriminés, Michel Dorigné plaide la bonne foi en se déclarant surpris par l'ampleur des réactions. Il croit percevoir également une "cabale tartuffière, de la part de certains et ne veut pas "être dupe de cet amalgame politico-religieux". Rappelant les origines millénaires de Carnaval ou des fêtes païennes similaires, il remarque que "les pères de l'église, le clergé lui-même admettaient dès le Moyen âge d'être raillés par leurs ouailles comme en témoignait par exemple la fête demi païenne intitulée la messe de l'âne."

      Et de préciser que "c'est seulement un pape anonyme et burlesque qui a été attaqué, non pas pour lui-même mais pour certaines de ses positions (... ) et non point les chrétiens catholiques ordinaires". Une réaction partagée par Juan Martinez, le metteur en scène, et lui même catholique. "A côté du traitement du Pape par les Guignols de l'info, je crois que nous sommes modérés. Et puis, ne cachons pas que les catholiques sont en débat sur les sujets évoqués". Tous deux se rejoignent également pour estimer que l'occasion est pain béni pour les adversaires de la liberté d'expression qui "tombent le masque". "Il y a surtout une exploitation politicienne contre le maire auquel on fait un mauvais procès. Pourquoi ne s'adresse-t-on pas à nous, les auteurs?"

      Laïcité et respect

      A l'ouverture du dernier conseil municipal, Henri Bertholet a exprimé la position municipale sur ce dossier, position dictée à la fois par ses principes de laïcité et par le respect permanent témoigné envers les chrétiens et les autres croyants tant dans ses relations que dans les partenariats menés avec eux. Rappelant que le déroulement du carnaval implique "l'acceptation de la critique bouffonne des valeurs établies et des autorités", Henri Bertholet affirme que "la municipalité n'avait aucune part au contenu du texte" de la pièce visée et qu'il avait été lui aussi, "personnellement surpris par les choix très subjectifs" et "désagréablement impressionné par la violence de la charge contre l'église catholique et son Chef".

      Relecture préalable, censure alors? Henri Bertholet estime au contraire que "la liberté d'expression et de création interdit au pouvoir municipal, dans une société laïque de s'arroger le droit d'exercer un contrôle préalable des productions."

      Et le journal "La Croix", dans son édition du 20 mars, se garde bien sous la plume de M. Jean-Charles Duquesne, d'ouvrir un procès en sorcellerie contre l'auteur et la municipalité romanaise. Ce qui ne l'empêche pas de déplorer lui aussi des "propos forts grossiers et outranciers". " Le maire est réputé entretenir des relations cordiales avec les représentants des diverses religions", note le journaliste du quotidien chrétien qui conclut: "Au demeurant, des arrières pensées d'ordre politique expliquent en partie la vivacité des réactions à quelques mois des élections. Mais comment ne pas partager l'indignation des chrétiens devant d'incontestables dérives ?"

    10.  
    11. L'Impartial : A propos de carnaval (par monsieur Lopez)

      Tribune libre L'Impartial 6 avril 2000

       

      A propos du Carnaval

       

      Suite aux articles successifs parus dans 1"Impartial et plus particulièrement à l'auteur de ce scandale (voir Impartial du 30 mars, article de M. G. Durand) qui n'en est pas a ses premiers excès.

      Nous avons encore le souvenir entre autres, d'une fête de la musique poussée à l'extrême qu'il avait organisée place Zamenhof lorsqu'il était employé de la Mairie de Romans au Conservatoire de Musique. Et aussi des débordements scandaleux même publiquement dans la presse (et passibles de poursuites) au cours de cette même période.

      Dès lors que le "collectif" gérant ce Carnaval (de mauvais goût) comprenait des élus et des techniciens municipaux, la mairie a bel et bien participé à 1'élaboration de ce spectacle, elle ne peut donc jouer l'étonnement et se décharger de sa responsabilité. On a gaspillé l'argent des Romanais pour que ce personnage puisse extérioriser ses fantasmes coutumiers en se moquant non seulement de la religion mais encore des citoyens (catholiques ou non), qui se sont déplacés : croyant aller voir un "chef d'œuvre" !

      L'argent public ne devrait-il pas être utilise a des besoins prioritaires et dignes d'intérêt, dans notre ville ou le chômage sévit ?

      Monsieur Lopez, Côte des Cordeliers à Romans

       

       

       

       

    12. Monsieur le Député Maire, vous nous avez déçu (un groupe de chrétiens)

    Lettre ouverte dont la diffusion a été refusée par L'Impartial 27 avril 2000

     

    Monsieur le Député Maire, vous nous avez déçu !

     

    Le carnaval de Romans restera ancré dans notre souvenir comme une vilaine tâche dans l'histoire de notre ville et de votre mandat de maire.

    Le carnaval était traditionnellement l'occasion pour chaque citoyen d'exprimer spontanément et publiquement ses rancœurs. En présentant cette ignoble pièce théâtrale, la commission municipale a dépossédé les Romanais de leur (joyeux) carnaval en imposant aux participants, adultes et enfants, de manifester colère et haine. Vous avez présenté une conception de la liberté qui est peut-être la vôtre, mais qui ne peut faire l'unanimité.

    En refusant de répondre des erreurs commises par les membres de votre équipe municipale, en refusant d'admettre la part de responsabilité qui revient au chef de cette équipe, vous manifestez un sens républicain qui suscite une réelle inquiétude et qui ébranle notre confiance !

    Par l'écart entre vos propos, vos réponses écrites à nos nombreuses lettres et le contenu de l'article diffusé dans Romans Magazine, vous nous invitez à douter de votre sincérité.

    Très nombreux sont ceux qui auraient apprécié une parole de regret et d'excuse.

    Très nombreux sont ceux qui auraient été rassurés par un engagement de votre part à ce que ce genre de débordement ne puisse pas se reproduire.

    Hélas, vous n'aurez pas répondu à cette légitime espérance.

    Cela étant entendu, nous ne souhaitons pas prolonger ni relancer le débat et nous tenons à préciser que nous n'avons ni haine, ni rancune. Nous ressentons simplement une profonde blessure d'être dorénavant si peu respectés dans nos croyances, voire exclus et voués à la haine en raison de notre foi chrétienne.

    Un groupe de chrétiens

     

    Régis Caron

    Les Badots

    26300 Marches

     

     

    Pierre Grève

    Quartier des Blaches

    26300 Besayes

    Philippe Labadens

    14, rue de Bellevue

    26100 Romans

     

     

    François Recoussine

    25, avenue E. Zola

    26100 Romans

     

  3.  

     

  4. Troisième Partie : les réactions d'engagés politiques
    1. L'Impartial : Rassembler plutôt que diviser (Georges Durand)

      Tribune libre L'Impartial 30 mars 2000

       

      Rassembler plutôt que diviser

       

      La démocratie suppose le respect de l'autre, le respect de ses convictions et de ses mœurs. En attaquant publiquement et grossièrement le Pape lors de la manifestation finale de Carnaval, les auteurs et les responsables de cette manifestation ont gravement porté atteinte aux convictions d'un grand nombre de nos compatriotes. Les bouffonneries habituelles de Carnaval ne peuvent justifier de tels débordements. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que nous déplorons de tels faits que j'ai dû déjà dénoncer il y à quelques années, or l'auteur qui a été choisi était pourtant connu pour ses "débordements et opinions extrêmes".

      Il convient. de rappeler qu'une manifestation publique commandée et payée par la municipalité se doit de rassembler nos compatriotes et non pas les opposer ou les diviser. La liberté d'expression accordée aux auteurs ne justifie pas de porter ainsi atteinte aux croyances et aux convictions des autres du moment que c'est une manifestation publique.

       

       

       

       

    2. L'Impartial : Monsieur Bertholet doit demander pardon (Bernard Pinet)

      Tribune libre L'Impartial 6 avril 2000

       

      M. Henri Bertholet, maire de Romans doit demander pardon !

      Communiqué de Bernard Pinet, conseiller municipal Front National

       

      Suite à l'offense faite aux catholiques et aux chrétiens de Romans et de sa région à l'issue du carnaval de Romans, lors du "Procès Satirique" produit par une troupe "d'acteurs" probablement manipulés, Monsieur le maire et son exécutif ont cherché à se disculper lors de la scéance du conseil municipal du 20 mars dernier.

      Lors de cette séance, je lui ai signifié qu'il devait, au nom de la municipalité, demander pardon aux chrétiens - l'imploration du pardon étant devenue à la mode – et faire repentance en accomplissant un geste symbolique.

      En effet, il ne peut se dédouaner en se contentant comme il l'a fait jusqu'à présent, d'émettre simplement des regrets, tout en essayant de justifier son laxisme complice en évoquant le principe de la liberté d'expression, le principe de la critique bouffonne ainsi que l'ignorance du texte choisi pour une telle basse besogne.

      Oui, Monsieur le maire, votre responsabilité est lourde puisque cela s'est déroulé dans le cadre du Carnaval de la ville, commandé par vous et vos amis et joué en place publique devant plus d'un millier de personnes, rassemblées par une publicité financée sur les fonds publics, où sont intervenus des participants appartenant à des associations soi-disant culturelles bénéficiant également d'argent public.

      C'est bien cela doit vous contraindre à formuler des excuses et à demander pardon publiquement, sans être obligé d'engager votre opinion personnelle.

      Dans cette regrettable, et douloureuse affaire qui vise la chrétienté et particulièrement sa principale religion, clef de voûte spirituelle de notre pays, on est amené à se poser la question : qu'arriverait-il si, suivant cette folle logique, les prochains carnavals de Romans s'attaquaient de la sorte soit à la religion musulmane, soit à la religion judaïque.

      Bernard Pinet

       

       

    3. L'Impartial : A propos de carnaval … suite (Georges Durand)

      Tribune libre L'Impartial 13 avril 2000

       

      Dans le numéro 2518 du 6 avril, l'Impartial a publié dans la rubrique "Tribune Libre" un article de M. Lopez de Romans. J'approuve totalement la réaction de M. Lopez, tant il est vrai que la Démocratie a été bafouée par le triste spectacle "Les Passagers du Siècle" et que l'argent des contribuables romanais a été gaspillé.

      Je voudrais néanmoins apporter une précision suite a l'article de M. Lopez : le lecteur pourrait penser en lisant le premier paragraphe que je suis l'auteur de ce scandale et que je n'en suis pas. à mes premiers excès. Ce n'est pas du tout le cas puisque l'auteur de cette fameuse pièce est connu et cité dans la même parution page 14 dans le rapport du conseil municipal du lundi 20 mars.

      Il faut préciser aux lecteurs que c'est le responsable de la culture qui a choisi ce spectacle et de ce fait l'auteur, le scénario était écrit d'avance, il ne pouvait donc ignorer son contenu injurieux. D'ailleurs les injures sont d'une telle gravité qu'elles peuvent justifier d'une action pénale devant une juridiction répressive. La liberté d'expression accordée aux auteurs ne justifie pas de porter ainsi atteinte aux croyances et aux convictions des autres surtout lors d'une manifestation publique.

      Georges Durand

       

       

       

    4. L'Impartial : Monsieur Bertholet n'est pas le seul coupable (Maurice Rey)

      Tribune libre L'Impartial 13 avril 2000

       

      M. Henri Bertholet n'est pas le seul responsable

       

      Le carnaval de Romans de l'an 2000 a provoqué chez quelques citoyens courageux une réprobation compréhensible dont "L'Impartial" s'est fait l'écho.

      En effet, dans la soirée du 26 février une courte pièce de théâtre fut jouée devant un nombreux public, dont le scénario n'était qu'injures vulgaires à l'encontre du Pape Jean-Paul II.

      Et de vitupérer contre M. Henri Bertholet, maire de Romans, pour s'être fait complice de cette minable parodie en lui apportant son accord tacite.

      Il est bien évident que le maire de Romans porte une responsabilité certaine en cette affaire, mais il n'est pas le seul coupable.

      D'ailleurs il accomplit, lui, sa besogne communo-socialiste de démolition de l'Eglise catholique et, par là, de la chrétienté. Aux élections municipales du 18 juin 1995, 5.637 Romanaises et Romanais l'ont élu pour ça.

      Les grands responsables de la situation actuelle sont M. Georges Durand et certains de ses collègues qui ont abandonné Romans aux mains des communo-socialistes alors qu'ils auraient pu et dû lors des élections précitées, constituer un bloc majoritaire de 6.500 voix s'ils avaient bien voulu accepter l'accord que leur proposait le Front National.

      Mais, n'est-il pas vrai, ces fameux Républicains de droite préfèrent livrer Romans aux communo-socialistes plutôt que de s'allier à ces dangereux démocrates que sont les "populistes" du Front National dont j'ai l'honneur de faire partie.

      Espérons, sans trop oser y croire, que M. Georges Durand et ses amis seront mieux inspirés en 2001 ...

      Maurice Rey

       

       

    5. L'Impartial : Carnaval, la réponse du PS

      Tribune libre L'Impartial 20 avril 2000

       

      Section du pays de Romans

       

      De religieuse et morale, la polémique sur le "jugement" du Carnaval de Romans devient politicienne. La droite et l'extrême droite se saisissent de cela à des fins dont l'approche des élections municipales ne saurait être étrangère !!

      Aucun parti politique ne représente l'institution religieuse (quand bien même souhaitent-ils la "récupérer" !) avec laquelle le Maire s'est longuement exprimé. Le parti socialiste comprend parfaitement que des croyants de toute confession et de toute "obédience" politique aient pu se sentir blessés. Nous ne souhaitons pas nous immiscer ici et maintenant dans ce débat.

      Le parti socialiste tient simplement a rappeler à certains hommes politiques qu'ils ne peuvent pas, par essence même de la politique être des censeurs. Ainsi l'article XI de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen déclare "la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf a répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi".

      Cet article pose les fondements de la Liberté d'expression (artistique, politique, syndicale, de la presse, citoyenne ... ) donc de la Liberté tout court. Ceci n'exclut bien entendu ni débat moral (et non moralisateur), ni doute sur l'opportunité de certains discours mais le remettre en cause serait édicter une pensée officielle dangereuse pour notre Démocratie. Cela pourrait même empêcher les uns ou les autres de polémiquer.

      Tel est pris...

       

       

       

    6.  
    7. L'Impartial : D'un Carnaval à l'autre ( Christian Amiet)

Tribune libre L'Impartial 20 avril 2000

 

Qu'ils soient les derniers à se plaindre. Réponse à M. Maurice Rey du FN

 

Toujours à propos de "l'affaire carnavalesque de Romans", si elle n'était pas outrageante pour la communauté catholique, comment rappeler à ceux qui font glisser le sujet sur le terrain électoral et politique, que lors des dernières législatives, 70 circonscriptions en France ont connu des triangulaires où le Front National s'est maintenu et par la même a permis à la gauche de reprendre le pouvoir ; en particulier, à Romans, ou M. BERTHOLET a été élu à la députation contre Georges DURAND que par le maintien du FN au 2e tour.

Aussi, les tenants du FN sont particulièrement mal placés pour se plaindre et plus encore pour donner des leçons.

On ne construit pas une stratégie de reconquête sur une politique de terre brûlée. M. REY regrette que le maire de Romans se complaise dans un anticléricalisme primaire, dans toute la bonne tradition marxiste... Dieu nous en préserve... à moins que ses amis poursuivent leur stratégie de faire élire les candidats de gauche.

Comme il n'y a que les imbéciles qui ne change pas, prions pour que leur stratégie électorale évolue quelque peu vers ce que l'on peut appeler la bonne foi sinon le bon sens.

Christian AMIET